Verstappen-Hamilton : qui va gagner le championnat?

Crédit photo : Formula1.com

Le Grand Prix du Mexique est à nos portes. Avec seulement 5 Grand Prix à disputer dans une saison de 22 courses et un classement extrêmement serré au sommet (Verstappen mène par 12 points devant Hamilton), le championnat du monde 2022 pourrait aller d’un côté ou de l’autre. Quels sont les facteurs qui permettront de faire un gagnant et un perdant le 12 décembre à Abu Dhabi?

Débutons par une mise en contexte. On le sait, Hamilton est en quête de son 8e championnat, ce qui le placerait seul en haut du palmarès, surpassant ainsi les 7 couronnes de Schumacher, un total qui ne devait jamais être dépassé, selon tous ceux qui avaient leur mot à dire. Verstappen, après 7 saisons en F1 et malgré son talent évident, est toujours à la recherche de son premier titre, qui ne serait probablement pas le dernier de sa carrière. Sa première victoire remonte en 2016, au Grand Prix d’Espagne, alors qu’il venait tout juste d’être transféré chez Red Bull après avoir débuté la saison chez Toro Rosso. Malheureusement, il a été privé d’une bataille pour le titre dans les dernières années à cause de la domination totale de Mercedes depuis le début de l’ère hybride en 2014. La stabilité de la réglementation aidant, l’écart entre Mercedes et les autres s’est considérablement réduit ces dernières années et Red Bull rivalise maintenant en performance avec l’écurie allemande.

Étant le leader incontesté de l’écurie, Max Verstappen a grandement influencé le développement de la Red Bull dans les dernières années et cette voiture est devenue la sienne. Plus rapide mais aussi plus «sauvage» et ne fonctionnant à son maximum que dans une fenêtre très étroite de réglages, c’est un bolide construit sur mesure pour le style de pilotage de Verstappen, un style plus intuitif et plus «brut». Parlez-en à Perez, qui a connu beaucoup de difficultés cette saison pour s’adapter à sa nouvelle monture. Hamilton a lui aussi une voiture qui lui sied très bien mais tout porte à croire qu’elle se pilote de façon plus «douce», pour un pilote plus constant et moins impétueux.

Paradoxalement, contrairement à son pilotage, Hamilton n’hésite pas à remettre en question les décisions de son écurie quant aux stratégies de course, à les confronter publiquement et même à les ignorer dans certains cas. Verstappen, de son côté, demeure très «docile» et obéit à tout ce qui provient des puits pendant les courses, faisant (en tout cas, de façon publique) entièrement confiance à son équipe d’ingénieurs et au patron de l’écurie, Christian Horner. Et c’est là un facteur qui pourrait avoir son importance pour les courses qui restent. Un duo équipe/pilote qui travaille dans la même direction, malgré les aléas de la course et les décisions rapides qui doivent être prises pendant un Grand Prix, est essentiel. Et c’est peut-être ce qui manquera à Hamilton et Mercedes si la tension continue de monter.

Du côté des statistiques, Verstappen a engrangé 8 victoires, contre 5 pour Hamilton, ce qui vient démontrer la plus grande constance du pilote anglais pour récolter beaucoup de points, même sans victoire. Mais c’est du côté des tours menés que la statistique est étonnante. Le pilote Red Bull a mené 504 tours depuis le début de la saison alors que Hamilton n’a été en avant que pour 154 tours, soit plus de trois fois moins. En fait, Verstappen a mené plus de la moitié des tours disputés en F1 cette saison. L’envers de la médaille? On pourrait utiliser cette statistique à l’avantage de Mercedes et de Hamilton, en concluant que Hamilton n’abandonne jamais et continue de pousser jusqu’à la fin, et/ou que les stratégies de Mercedes réussissent à transformer des performances un peu moins bonnes en victoires. Encore une fois, la vitesse et le talent bruts contre la constance, la stratégie et la patience. J’ai la nette impression que la constance et la stratégie sont de meilleurs alliés en fin de saison.

Quand on regarde le comportement en piste, il est évident que Verstappen a faim, très faim même. Pendant la première moitié de la saison, il était clairement l’attaquant, celui qui n’avait peur de rien ni personne et qui ne laissait pas un seul centimètre à ses adversaires sur la piste, malgré des conséquences parfois malheureuses. Hamilton jouait alors le rôle du pilote d’expérience qui sait qu’un point perdu maintenant peut se transformer en point gagné plus tard. Depuis 2014, avec la domination de Mercedes, c’est une attitude qui lui a permis de remporter six titres. Mais cette saison, il a fini par comprendre qu’il devait lui aussi se battre sur le même terrain que Verstappen et ne pas céder sur la piste, chaque point accumulé devenant crucial. Le point tournant est survenu à Silverstone, lorsque Hamilton, tentant de doubler Verstappen par l’intérieur dans le virage Copse (à très haute vitesse), a touché à la Red Bull et a propulsé Verstappen dans les barrières avec une force G supérieure à 50. C’est à ce moment précis que la lutte est devenue plus intense. Leur contact au Grand Prix d’Italie, dans la première chicane à Monza, n’a été que la suite de cette bagarre à finir. Avec deux pilotes au sommet de leur art et à la volonté ferme de remporter le championnat, l’intensité n’est pas près de diminuer.

Avec des changements de moteur récents (incluant les pénalités qui les accompagnent), Mercedes pourrait avoir un léger avantage sur Red Bull pour le reste de la saison sur les circuits rapides. Les circuits de Qatar et d’Arabie Saoudite sont nouveaux et ajoutent un peu d’inconnu à cette fin de saison qui se déroulera au Moyen-Orient, après le passage en Amérique (États-Unis, Mexique, Brésil). Mercedes sait comment gagner un championnat et a toutes les ressources nécessaires pour y parvenir. Red Bull est aussi une équipe gagnante mais son dernier championnat remonte à 2013. En fait, seules ces deux écuries ont gagné des championnats depuis 2010.

Mon opinion, c’est que si Verstappen réussit à bien faire et à se forger une avance plus confortable au classement avant le dernier Grand Prix à Abu Dhabi, il pourra dormir tranquille et savourer son premier championnat. Mais il ne doit absolument pas laisser quelqu’opportunité que ce soit à Hamilton et Mercedes de revenir de l’arrière à la dernière course. Le pilote britannique, sept fois champion du monde, sait trop bien comment être le poursuivant qui n’abandonne pas. On se souhaite bien sûr une bataille qui se terminera au dernier tour de la dernière course, sans abandons, bris mécaniques ou accrochages. Ça permettrait de clore une saison 2021 déjà exceptionnelle. Et n’oublions pas non plus la bataille à finir entre McLaren et Ferrari pour le troisième rang. Et je vous laisse sur une dernière question. À vous d’en débattre. Si Hamilton gagne un 8e championnat, sera-t-il de retour en 2022?

Chroniqueur / Photographe
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