Pénurie,hausse de prix, un écart entre les équipes ?

Crédit photo : Daniel Mailhot

Les dommages collatéraux de la pandémie.

La Covid-19, accentuée par la rareté des pièces et la hausse des prix dans le monde des courses, cause des maux de tête à plusieurs équipes de course ainsi qu’aux fabricants qui doivent répondre à la demande. C’est tout le sport automobile qui va y passer. Une question demeure, est-ce que la hausse des prix va creuser un écart entre les grosses équipes et les petites équipes?

La covid-19 a souvent le dos large et plusieurs en profitent pour tirer profit de ce passage obligé. Les compagnies qui ont le monopole du marché, faute de concurrence, justifieraient en partie la hausse des prix. Toutefois, avant d’avancer de tels propos, il faut tenir compte d’une ribambelle de variables. 

Mon but n’est pas de trouver un coupable, mais d’essayer de comprendre ce qui se passe. J’ai ma petite idée, mais je n’ai pas toutes les réponses. J’ai donc rejoint certaines personnes, dans le domaine du sport automobile, afin de connaître les tenants et aboutissants. Il ne faut pas gratter bien loin pour comprendre que le phénomène est généralisé.

Prenons l’exemple du fabricant canadien de châssis et de pièces pour voitures de terre battue Bicknell Racing Products qui doit composer avec l’augmentation des prix de la matière première telle que l’aluminium et l’acier. On retrouve ces matières premières dans les cadres, pare-chocs, barres latérales et carrosseries pour en nommer que quelques-uns. L’aluminium de couleur se fait également rare. La valeur des principaux minéraux a connu des sommets historiques depuis un an.

La Chine a repris le travail et la demande pour ses produits bruts a fait grimper les prix, rien de rassurant à court terme. Les hausses s’expliquent par la forte reprise économique, alors que les producteurs avaient réduit leur production lors des confinements.

Autre réalité, les compagnies canadiennes sont en synchronisme avec le marché américain. Un scénario analogue. Un fabricant québécois qui veut vendre des pièces automobiles doit ajouter 25% à 30% de plus, équivalant au taux de change US, même si le produit est destiné au Canada.

De plus, les frais de port ont augmenté. Se faire livrer un pneu coûte aujourd’hui 35$ à 40$  au lieu de 18$ il n’y a pas si longtemps. Le transporteur UPS compte, en ce moment, 4 semaines de retard. Donc, si vous commandez chez Wilwood pour des freins, vous devez ronger votre frein.

Depuis le début de la pandémie, le fameux ‘Back Order’ est devenu une course contre la montre pour les fabricants. Le manque de main-d’œuvre serait également une autre cause.

A titre d’exemple, Bert Transmission doit faire face à cette réalité en répondant le plus rapidement possible aux demandes persistantes. Les délais de livraison allongés, plus de 500 transmissions et 200 Jacks en attente. Cela met de la pression supplémentaire afin de respecter les offres à leur client.

Autre exemple, le fabricant Canadien de sièges d’auto de course Kirkey doit répondre à des commandes de plus de 9,000 sièges. Une hausse de 40% en 2021, du jamais vu! Kirkey Racing Fabrication fonctionne à un rythme de 3 chiffres par jour. On estime que les délais sont de plus 4 mois.     

Faute de certaines pièces de moteur, on a vu une augmentation du moteur Crate 602. En effet, depuis un an, les Crate 602 ne cessent d’augmenter et une autre hausse est à prévoir sous peu. La demande est forte et on se doit d’être patient car il y a un délai dans les commandes. 

Le ‘Pace Seal’ qui assure la légalité d’un moteur exigé par DIRTcar, deviendra obligatoire en 2022. Autre frais à prévoir pour certaines équipes qui veulent que leur Crate soit testé sur dynamomètre.

Pourrons-nous terminé la saison sur 4 roues ?

Rien pour aider, car on assiste à une pénurie de pneus chez Hoosier. Un communiqué de la compagnie, la semaine dernière, mentionnait une hausse de 15% sur les pneus, à partir du 1er septembre.

L’usine Hoosier située à Lakeville, Indiana, a été fondée en 1957 et produit des pneus pour la plupart des courses dans le monde. Toutefois, la société internationale de technologie Continental a acquis, en 2016, Hoosier Racing Tire corp. Une rumeur circule que la production des pneus Hoosier pourrait être arrêtée jusqu’au mois d’octobre. J’ai communiqué avec la compagnie afin de connaître leur réalité. A suivre !

Ceux qui avaient le budget et se sont procurés, en début de saison, un nombre suffisant de pneus n’ont pas de soucis. Pourtant, on voyait venir ce fléau puisqu’à l’émission hivernale du Dirt Stevie Show 360 sur 360nitro.tv, on avait annoncé cette pénurie. 

Nous sommes dans un marché de l’offre et de la demande. Depuis quelques semaines, les pneus droits sont d’une rareté et sa valeur est inestimable pour certaines équipes. Certains fournisseurs devraient recevoir un lot de pneus au courant des prochains jours mais rien n’indique la quantité et le type de pneu. Si c’est le cas, ce seront les derniers pneus puisqu’il n’y en aura plus, pour le marché canadien, cette saison. La fin des haricots ! On veut se concentrer aux Etats pour les séries DIRT et pour la Super DIRT Week en octobre prochain, s’il y a une édition 2021 bien sûr. A suivre !

On parle que Hoosier produira moins de pneu en 2022 et que les bourses offertes par ce dernier seront à la baisse ou carrément coupées.  

Le mal est déjà fait, aux États-Unis certains promoteurs ont dû annuler des événements. Pour palier à ce fléau, plusieurs parlent d’abaisser le nombre de tours lors des finales. Ce côté-ci de la frontière, il en n’ est rien, au contraire. Septembre signifie de gros événements avec beaucoup de tours lors des finales. Plusieurs pilotes devront terminer la saison avec des pneus usés.

En bout de la ligne, certaines équipes se demandent si une pénurie ne sert pas à créer une augmentation des prix ? Tous sont conscients que l’augmentation des prix ne sera pas révisée à la baisse, une fois la pandémie terminée.

Selon la loi : Une augmentation dite raisonnable des prix affichés tient compte de l’offre et de la demande, de la bonne foi du commerçant et de la moralité contractuelle. De manière générale, l’indexation des prix ne doit pas être importante au point où la différence entre le nouveau prix demandé et la valeur réelle du produit ou du service offert est si grande qu’elle équivaut à l’exploitation du consommateur.

On doit s’attendre à une augmentation, considérablement en raison des contraintes d’approvisionnement, car les usines ont été temporairement fermées ou fonctionnaient à capacité réduite.

Par ailleurs, les promoteurs d’un complexe automobile, dans un temps de pandémie, ont vu leur coût d’exploitation augmenter. Ils ont dû faire face aux mesures sanitaires, restrictions à plusieurs niveaux afin d’offrir aux équipes de courses la chance de pratiquer leur passion. Tout cela implique des coûts supplémentaires. Par conséquent, les prix d’entrées ont dû être ajustés afin de permettre de tels événements.

Ma question du début, est-ce que la hausse des prix va creuser un écart entre les grosses équipes et les petites équipes? Une question pertinente dont les réponses sont encore en voie de devenir.  Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont fait part de leur réalité.

Chroniqueur / Photographe
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