Ma rencontre avec Mélanie Villeneuve
Il y a des moments dans la vie qui marquent plus que d’autres, surtout lorsqu’on est jeune, au début de l’adolescence. Pour moi, Gilles Villeneuve était, sans l’ombre d’un doute, mon idole de jeunesse.
Il y a de ces événements qui laissent des traces à jamais et dont on se rappellera toujours ce que l’on faisait au moment où ils se sont produits. Pour certains, c’est le 11 septembre. Pour d’autres, c’est l’annonce du décès d’un proche ou une journée particulière qui aura changé leur vie.
La première fois, pour moi, que cela s’est produit, c’est le 8 mai 1982 : la date à laquelle Gilles Villeneuve nous a quittés, victime d’un terrible accident lors d’une séance de qualification à Zolder, en Belgique.
Cette introduction avait pour but de mettre en contexte l’état d’esprit dans lequel je me trouvais lorsque j’ai eu le privilège de discuter, pas une, mais deux fois, avec Mélanie Villeneuve, la fille de Gilles. Cela m’a amené à remettre en question mon Top 5 de 2025, puisque celui-ci venait d’être complètement bousculé.
Voici donc la première position de mon classement de l’année qui vient à peine de prendre fin : mes deux rencontres avec Mélanie Villeneuve.

La vraie entrevue
Pourquoi est-ce que je parle ici de deux rencontres? La première fois que j’ai discuté avec Mélanie, elle semblait hésitante à m’accorder une entrevue, disons, de manière « officielle ». À la fin de cette discussion de presque 1 h 15, Mélanie a finalement accepté une seconde rencontre, qui allait devenir la source principale du texte que je vous ai produit au mois de décembre dernier.
C’était très exactement le samedi 13 décembre. Je me rappelle très bien la date, puisque c’était le lendemain de mon « party » de Noël au travail. Comme l’ensemble des chroniqueurs de 360Nitro, j’ai un emploi qui me permet de mettre du pain sur la table, mais aussi un second, avec 360Nitro, qui me permet d’être en lien direct avec une de mes passions : le sport automobile, et indirectement le monde de l’auto tout court.
Dans le sport automobile, on grandit avec des sons, des images, des pilotes qui marquent notre imaginaire. Gilles Villeneuve, pour moi, c’était ça : une idole de jeunesse. Avoir pu discuter avec sa fille, Mélanie, c’était une rencontre qui dépassait largement l’entrevue. C’était comme replonger brutalement, de face, dans une partie de mes souvenirs d’enfance où Gilles (oui, parce que dans ma famille, on ne parlait pas de Gilles Villeneuve, mais bien de Gilles) prenait une place importante.
Mélanie ne l’a sûrement pas réalisé, mais en m’accordant cette entrevue, elle venait d’offrir un moment magique à un « fan » de Gilles Villeneuve, qui l’est encore tout autant qu’à l’âge de 11 ans.
La voix de Mélanie : posée… mais chargée
Ce qui frappe chez Mélanie Villeneuve, ce n’est pas le besoin d’impressionner. C’est l’inverse. Elle parle sans maquillage, avec une précision calme. Un ton qui dit : « je sais exactement de quoi je parle ». Puis, parfois, une micro-pause. Un léger ralentissement. Comme si certaines phrases demandaient un effort particulier à sortir — pas parce qu’elles sont compliquées, mais parce qu’elles sont vraies.
Dans le sport automobile, on admire des champions. Mais là, j’étais devant quelqu’un qui vit avec une autre réalité : celle d’avoir eu Gilles Villeneuve comme père, pas comme poster sur un mur.
À un moment, on parle du film. De l’étrangeté de revoir Gilles « revivre » à l’écran, incarné par un acteur. Et Mélanie lâche une phrase qui, honnêtement, reste collée après l’entrevue : « C’est mon père, mais ce n’est pas mon père. »
Dans ces mots-là, il y a tout : le vertige, le respect, la distance entre l’icône publique et le lien intime. Nous, on dit « Gilles ». Elle, elle dit « mon père ». Et soudain, tu comprends que la légende que tu as admirée a aussi une autre histoire : une histoire privée, avec ses manques, ses retours de mémoire, ses couches de silence.
L’obsession de Gilles
Ce que j’ai adoré, c’est la manière dont Mélanie ramène Gilles au concret. Elle parle de cette obsession de la mécanique : comprendre comment ça marche, démonter mentalement, modifier, optimiser. Elle le dit comme une évidence : quand tu comprends une machine, tu peux la pousser plus loin. Et là, on n’est pas dans une biographie « glossy ». On est dans le vrai ADN d’un homme de course : l’esprit de garage, la curiosité brutale, le besoin de vitesse.
Elle m’a raconté aussi des scènes d’enfance qui ramènent tout à hauteur d’humain : la mer, le bateau, les vagues, le froid… et ce moment où le moteur casse, où tu es « stuck out there », et lui répare pendant des heures. Pour lui, c’est ça, le défi. Pour l’enfant, c’est l’attente. Ces détails-là valent toutes les archives du monde, parce qu’ils montrent le personnage complet.
L’émotion de transmettre la passion
Il y a une phrase qui m’a frappé parce qu’elle résume parfaitement le sport auto : Mélanie évoque le son, puis : « quand je sens le gaz, la gomme, ça me ramène en arrière ».
C’est exactement ça, la course automobile : une mémoire sensorielle. Et l’entendre sortir de la bouche de la fille de Gilles… ça replace tout. Ce n’est plus seulement une carrière : c’est une atmosphère, une époque, une empreinte.
Mélanie sait que pour les plus jeunes, c’est loin. Elle m’a raconté cette scène avec une fillette de 8 ans, fan de F1 moderne, qui connaît le circuit… mais pas l’homme. Alors elle lui lance un défi simple : aller sur YouTube et regarder Dijon 1979. « Commence avec ça. »
En conclusion
J’aurais pu vous résumer le film, les défis de production, les choix, les étapes. Mais ce n’est pas cela qui a fait que cette entrevue occupe le haut de mon Top 5 de 2025.
La raison est bien simple : c’est l’émotion d’avoir discuté avec Mélanie Villeneuve et d’avoir senti, dans sa manière de raconter, que derrière l’idole de jeunesse, il y a une histoire plus grande que la piste : une histoire de mémoire, de transmission et de courage tranquille.
On pense qu’on suit la course pour la vitesse. Mais ce jour-là, j’ai compris autre chose : ce qui traverse les décennies, ce n’est pas seulement un chrono. C’est une voix qui dit « mon père », et qui te rappelle que la légende n’appartient pas au passé : elle appartient à ceux qui ont le courage de la raconter au présent.
Que les dieux bénissent les rois de la course!







