Camirand, le dernier des Mohicans

Crédit photo : Raymond Vigneault

Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Marc-Antoine Camirand, le pilote le plus victorieux de l’histoire du Grand  Prix de Trois-Rivières. Il est présent depuis maintenant plus de 20 ans dans le milieu du sport automobile québécois. Il est, avant tout, quelqu’un de franc qui, tout en étant respectueux, ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense.

Prêt pour la saison 2021

Après avoir pris une année sabbatique forcée en 2020, dû à la COVID-19, le pilote originaire de St-Léonard-d’Aston effectuera un retour, à temps complet, dans la série NASCAR Pinty’s. Pour l’occasion, il sera de nouveau au volant de la Camaro no 22 aux couleurs du concessionnaire GM Paillé.

Au moment d’écrire ce texte, rien n’était encore indiqué quant au report de la première épreuve de la saison de la série reine du sport automobile canadien, prévue pour le 23 mai. Cependant, si on se fie à l’article publié par mon collègue Martin Bélanger, il ne pourra y avoir aucune course avant le 2 juin en Ontario.

https://360nitro.tv/articles/2021/05/13/a-quand-des-courses-en-2021

Donc, si le report de la première sortie de la saison est officiel, il serait peut-être temps que le calendrier de la série Pinty’s soit mis à jour. Il me semble que cela est un minimum.

(Note 20 mai 2021 : Suite au communiqué émis ce matin par les dirigeants de la série Pinty’s, le début de la saison est reporté au mois d’août prochain avec comme objectif la présentation de 10 épreuves au lieu de 12 comme prévu dans le calendrier original)

https://www.nascar.ca/french-schedule/?lang=fr

Marc-Antoine salue la marge de manœuvre donnée par NASCAR quant à son calendrier, mais souligne tout de même que les informations, en provenance de dirigeants, sortent aux compte-gouttes. Selon lui, la présentation de l’épreuve de Jukasa en juin serait déjà en jeu et rien n’est certain quant à la venue de la série Camping World, au début du mois de septembre, au « Canadian Tire Motorsport Park .

Malgré un début de saison qui sera vraisemblablement chamboulé, Marc-Antoine demeure sûr que les douze courses prévues seront présentées. Rien n’est impossible, même la tenue d’évènement en octobre.

Membre de l’écurie de Scott Steckly, Camirand  fera de nouveau équipe, cette année, avec Alexandre Tagliani. Treyten Lapcevich, le plus jeune de trois frères, âgé de seulement 17 ans, s’ajoutera comme nouveau membre de l’équipe.

Les mécanos de Steckly ont très peu, pour ne pas dire aucunement, travaillé durant l’hiver à la préparation des bolides, car ceux-ci avaient déjà été préparés en vue de la saison 2020.

Un peu d’amélioration ferait du bien

On le sent, la série Pinty’s aurait besoin d’un petit coup de pouce pour passer à l’étape supérieure. Par contre, on s’entend, elle ne pourra jamais arriver au même niveau que les séries chez nos voisins du sud.

Marc-Antoine déplore que le nombre de voitures inscrites à temps plein ne soit pas assez élevé, et ce malgré une certaine stabilité depuis plusieurs années. Selon lui, des efforts devraient être faits pour amener des solutions afin d’ attirer plus de participants à temps complet. Le nombre faible de voitures ne réduit pas la qualité des pilotes, mais pour les amateurs, ça enlève un peu au spectacle. 

Camirand abonde dans le même sens que moi et LP Dumoulin. Les voitures de la série NASCAR canadienne auraient besoin d’un petit « lifting » pour les remettre au goût du jour.

Selon Camirand, la télédiffusion des courses de la série, en différé, est inadmissible en 2021. Là-dessus, la Pinty’s a un gros pas à faire. Avoir les résultats, après les courses, est souvent long. Tout comme les voitures, le site web de la série aurait besoin d’être revampé pour amener plus d’admirateurs à s’y intéresser.

Marc-Antoine se pose la question, pourquoi la série Pinty’s est allée courir à Loudon au New Hampshire ? J’ajouterais personnellement à ce commentaire: » surtout quand plusieurs propriétaires de complexe motorisé canadien ne demanderaient qu’à la recevoir. «

Selon Marc-Antoine, la série a beaucoup de potentiel, mais il manque un petit quelque chose pour la propulser vers un plus haut sommet. Pour ma part, j’ajouterais que l’enfer est dans les détails et qu’il ne faudrait que quelques éléments additionnels pour propulser la série.

Pas donné rouler en Pinty’s

Même si participer à une saison de la série Pinty’s reste abordable, comparativement aux séries de développement de NASCAR, faire une année complète peut coûter entre 350 000$ et 450 000$. L’écart de 100 000$ s’explique selon l’argent investi pour les essais et, bien sûr, les accidents. Toutes les voitures sont équipées de la même mécanique ce qui vient réduire les coûts de façon substantielle !

Cependant, l’année qui débutera sou peu devrait être moins onéreuse comparativement à 2019. Principalement à cause du calendrier qui inclut trois fins de semaine de deux courses (tenues  au même endroit). À cela, il faut  ajouter que les équipes n’auront pas à se déplacer dans l’ouest (Saskatoon et Edmonton). Ce dernier point, selon Marc-Antoine, représente une économie entre 50 000$ et 75 000$, car ça élimine beaucoup de logistique.

L’équipe de Camirand possède un mulet pour les circuits routiers et un second pour les ovales. Marc-Antoine en a d’ailleurs profité pour me conter une anecdote survenue en 2018, lors du Grand Prix de Toronto. Kevin Lacroix qui avait alors détruit sa voiture en qualification avait acheté la voiture de remplacement de Marc-Antoine. Pendant la nuit, l’équipe de Lacroix avait travaillé sur la voiture en plus d’avoir refait le « wrapping » pour être prête pour la course du lendemain. Lacroix n’avait malheureusement pu alors se faire justice prenant le 16e rang sur les 19 compétiteurs inscrits.

Le but de chaque écurie est d’offrir un maximum de visibilité à ses commanditaires. En ce sens, l’annulation du Grand Prix de Trois-Rivières (aucune annonce n’a été faite jusqu’à maintenant) viendrait faire mal à l’ensemble du plateau. Selon notre vedette du jour, le GP3R est l’évènement qui donne le plus de visibilité à la série et aux partenaires d’affaires.

Amenez-en des défis

Il y aura plusieurs défis pour l’année qui vient pour Camirand et son équipe. Il y aura trois fins de semaine de courses très chargées. Deux d’entre elles auront deux épreuves (Flamboro Speedway et Canadian Tire Motorsport Park) à l’affiche tandis que celle à la fin août en aura trois (Icar et Vallée-Jonction (2)).

Les complexes qui recevront deux courses, les présenteront le même jour. Deux courses  la même fin de semaine, la même journée, les pilotes se doivent d’être prudents. Le temps pour des réparations majeures ou pour sortir le mulet à temps pourrait manquer. Il serait nettement préférable que les courses soient espacées sur deux jours.

Le plus grand défi sera lors de la dernière fin de semaine d’août alors que le samedi la course sera sur circuit routier et, le lendemain, les deux autres seront sur des ovales. Marc-Antoine se pose encore la question à savoir comment son équipe va gérer le tout puisqu’elle aura, pratiquement, à gérer deux types de voitures différentes, le même week-end, avec tout le matériel qui vient avec.

Cette saison, la série Pinty’s débarquera au Ohsweken Speedway. Excluant ses présences lors des fins de semaine de Rally-Cross à Trois-Rivières, cela marquera une grande première pour Camirand sur terre battue. Stewart Friesen se joindra à l’équipe de Scott Steckly, ce qui devrait aider à la préparation des bolides de l’équipe.

La course dans le sang

Lorsqu’il n’est pas au volant d’un bolide de course, Marc-Antoine travaille au garage (http://www.camirandbmw.com/ ) de son père, situé dans son patelin. Un centre spécialisé pour les automobiles de marque BMW et Mini. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’est exposée la célèbre BMW M3 coupée, surnommée affectueusement « La bottine ». Malheureusement, il ne peut plus courir avec ce bolide, car il est rendu « Vintage ». Pour la série canadienne SCCA , les voitures âgées de plus de 10 ans, de leurs dernières années de production, ne sont plus admissibles.  C’est d’ailleurs au volant de la « bottine » que Marc-Antoine a battu le record du nombre de victoires de Jacques Bienvenue au Grand Prix de Trois-Rivières. Cette voiture ne sera jamais à vendre, elle représente beaucoup pour la famille.

Lorsque le record du nombre de victoires  à Trois-Rivières a été battu, Jacques Bienvenue était ému devant le podium. L’évènement était très émouvant autant pour Camirand que pour Bienvenue puisque ce dernier est un ami de la famille.  Jacques Bienvenue, âgé de 83 ans, est encore bien actif dans le milieu de l’automobile entre autres avec sa participation à l’émission « Virage » diffusée  sur les ondes de Télémag.

Même s’il est encore jeune, Camirand a eu la chance de conduire énormément de types de voitures. J’en ai donc profité pour lui demander quel a été le bolide avec lequel il a eu le plus de plaisir. Sans aucune hésitation, il a répondu la Panoz qu’il avait testée à Road Atlanta. La voiture qui développait 750 hp, équipée de freins au carbone, pouvait atteindre une vitesse de pointe de 330 km.  Lorsqu’il était dans la défunte filiale Player’s, il avait eu la chance, à la fin des années 90, de faire des essais en Indy-Light ainsi quand Indycar. Une expérience qu’il n’oubliera jamais.

Le deuil de la filiale Player’s

Vers la fin des années 90, tous les rêves étaient permis. Il était le prochain pilote désigné pour faire le saut de façon officielle avec la filiale Player’s.

Pendant près de quatre années, Marc-Antoine a fait partie de façon officieuse de la filiale. Puisqu’il n’avait pas encore atteint sa majorité, il ne pouvait porter les couleurs du célèbre cigarettier. Après avoir été vice-champion en 1999 en formule 2000, Camirand était pressenti par Richard Spénard pour faire le saut en formule atlantique puisque la saison suivante Alexandre Tagliani passait en série Cart.

Il se rappellera toute sa vie du mois de décembre 1999 lorsqu’il a reçu un appel de Richard Spénard lui annonçant que le programme était annulé et que seules les activités en Indycar étaient maintenues. C’était le début de la fin de la célèbre filiale qui, à l’époque, était présente en Atlantique, en Indy-Light ainsi qu’en Indycar.

Alors qu’il se voyait faire le saut en Atlantique en entrant par la grande porte, celle-ci s’est brusquement refermée par l’application de la loi antitabac. Un dur coup que Marc-Antoine n’avait jamais vu venir. Il venait de voir son rêve partir en fumée (sans faire de mauvais jeux de mots). Il ne s’était jamais posé de questions quant à son avenir dans le monde de la course. Il se rappelle que Richard Spénard lui disait de ne pas s’inquiéter, que Player’s serait là pour longtemps. D’une certaine façon, Camirand regrette un peu d’avoir tenu tout cela pour acquis.

Par la suite, il n’a jamais cessé de courser puisque conduire une voiture à des vitesses folles fait partie de son ADN. Quelques années plus tard, il a été engagé par une écurie en American Lemans, ce qui lui a permis de participer trois fois au 24 heures de Daytona.

Pas le choix, fallait poser la question sur la situation de Lessard

J’ai demandé à Marc-Antoine ce qu’il pensait de la situation de Raphaël Lessard.

« Dommage, il a un très bon talent, mais c’est toujours la même histoire de la question du budget. C’est une bonne décision de ne pas avoir été dans une moins bonne équipe pour mieux revenir avec un budget solide. Rouler en avant, c’est ce que tout conducteur veut. Il n’a pas été engagé par Busch, ni par GMS, il paie pour rouler. Peu importe sa position au classement général, ça s’est arrêté là, ce que les équipes américaines veulent, c’est l’argent. J’espère que Raphaël est bien entouré, car ce genre de situation pour lui est difficile pour le mental.

Marc-Antoine Camirand

Je me revois un peu dans la situation de Lessard, tout comme lui, j’en dois beaucoup à mes parents. C’est arrivé souvent que je me fasse tasser par un autre pilote qui arrivait avec du cash. En American Lemans, ça m’est arrivé souvent, à la longue tu te fais une carapace. »

Marc-Antoine Camirand

En conclusion

Marc-Antoine Camirand veut rouler aussi longtemps qu’il aura les fonds et la santé qui lui permettra. La passion est encore là, chaque début de saison est comme sa première. Tant que Paillé va rester associé à lui, il va continuer d’aller en piste.

Son fils de 8 ans a débuté le karting, l’idée du père et du fils participant à des courses ensemble fait rêver Marc-Antoine. D’ailleurs, il me faisait part que depuis deux ou trois ans, la discipline du karting reprenait un peu de vigueur.

Camirand est le dernier d’une grande génération de pilotes québécois apparus dans les années 90. Si cela n’avait pas été de la disparition de la filiale Player’s, il aurait pris place dans la légende, au côté des Carpentier, Godin, Bourbonnais et Tagliani. Malheureusement pour lui, le sort en a jeté autrement. C’est dommage, car il était, à cette époque, la prochaine étoile du sport automobile québécois à faire le saut parmi les grands. Malgré tout, il aura marqué l’histoire de ce sport à sa façon !


Que les dieux bénissent les rois de la course !

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