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Lorsque la terre a arrêté de tourner pour la famille Ouellette !

Crédit photo : Luc Marin

Le 27 mai 2017, cette soirée sera gravée, à tout jamais, dans notre mémoire!

Bientôt 4 ans et, pourtant, Guy Ouellette est toujours dans nos pensées !
D’entrée de jeu, il faut mentionner que la famille Ouellette a vécu un drame incompréhensible.  Leur monde s’est arrêté abruptement. Perdre Guy, un homme tellement aimé, laisse un vide qui ne sera jamais comblé, une profonde tristesse pour la famille et amis.
Leur deuil, après le décès, demeure un long processus très douloureux. Face à la mort, les mots leur manquent. Un mélange de tristesse, colère, incompréhension, amertume et de souffrance.

En entretien téléphonique, la famille a voulu me partager ce qu’ils ont vécu et espère que le décès de Guy servira d’exemple pour mettre en place des mesures lorsque surviendra une tragédie.
À cet effet, la famille mentionne avoir été laissée à elle-même, sans support et aucun suivi post mortem. Le temps fait son œuvre, mais la douleur est toujours palpable.

La famille nous livre de courageux témoignages et espère que cela leur permettra d’avancer.

La soirée du 27 mai 2017 restera dans leur mémoire et leur âme à tout jamais.

«Nous sommes arrivées plus tard, cette soirée-là, moi (Fara), ma mère et ma nièce. Mon père, Guy Ouellet, était déjà à la fausse grille, je n’ai pu aller le voir avant sa course comme à mon habitude.

Nous sommes allées, directement, nous assoir dans l’estrade. Ma nièce s’est installée comme il faut avec sa doudou et la finale a débuté.

Mon père était dans sa monture, son Téo Pro, Car, il était si heureux! Ça marchait son affaire, ce soir-là. J’imaginais son sourire dans son casque! Puis, un accrochage est arrivé à la sortie de la 4, entre deux voitures, et un véhicule est allé frapper la voiture #32 en dessous de la tour du signaleur, mon cœur s’est serré.

Nous avons vu le #32 faire la chandelle, car deux blocs décalés ont agi comme rampe de lancement. La voiture a fait des tonneaux en piste pour terminer sur le côté, le toit face au trafic.

Par la suite, nous avons entendu un autre gros impact. Plusieurs ont réussi à éviter le contact en passant, même à trois de large, vers l’intérieur de la piste, mais une voiture n’a pu l’éviter.

Nous avons eu le temps d’avoir beaucoup des scénarios dans nos têtes! Pour avoir vu courser notre père, au fil des années, jamais au grand jamais, ça ne se serait produit, s’il avait été au volant de l’autre voiture. On le dit et on le dira toujours, c’était évitable!

Nous sommes parties à courir et j’avais ma nièce, une chance, car ça m’a permis de garder une distance entre moi et mon père.

Mon frère et Patrick (ami et mécanicien de l’équipe) sont arrivés, par la suite. Mon frère a sauté la clôture et Patrick a trouvé un chemin qui les a emmenés près de mon père.

Voilà que le cauchemar commence… Je crie et demande à un gars sur la piste si mon père est correct, sa réponse a été : tous ses signes vitaux sont bons! Un gros soulagement pour moi d’entendre cela!

Puis là, nous voyons le corps de mon père suspendu au bout de ses ceintures et la toile bleue se faire déployer. On s’est dit « ‘’voyons’’, ça ne marche pas là ».

Dans ma tête, ma mère est dans l’ambulance avec mon père!

Arrivée au traileur, il y avait Patrick, Bob (Robert, propriétaire de la voiture) et Paul Talbot. Patrick me dit, ça s’annonce mal, faut que tu ailles à l’hôpital. Je me rappelais tout de même la phrase du garçon sur la piste : tous ses signes vitaux sont bons…

Puis, je vois arriver ma mère, je lui demande ce qu’elle fait là ? Elle me dit qu’ils l’ont mis dans un camion et lui ont dit d’attendre… « voyons » ma mère seule dans un camion voyant son amour partir en ambulance. Je lui dis: maman, Guillaume est parti retrouver papa à l’hôpital.  Confuse, elle me dit : C’est quoi je fais là? C’est alors que Lise, une amie de l’équipe, lui offre d’aller à l’hôpital avec elle.

Je me retrouve donc seule avec ma nièce, ne sachant pas comment réagir à tout cela, car elle est jeune et je ne veux pas lui faire vivre cela. J’ai appelé mon chum Jérémy et mon ami Steven pour aller chercher mes deux sœurs, pour leur dire que notre père a eu un grave accident, mais que je n’en savais pas plus.

Paul Talbot m’a donc offert de nous conduire à l’hôpital. Je me rappelle comment il était stressé et ne se sentait pas bien. Lors du trajet vers l’hôpital, je recevais déjà des messages de sympathies, je me disais « voyons », il n’est pas mort là.

Rendue à l’hôpital, j’avais des appels, entre autres, de mes sœurs mais, à ce moment, je n’avais pas de nouvelle. Lise a pris ma nièce et m’a dit d’y aller. Je suis rentrée à  l’hôpital et  ma mère était  dans une petite pièce, seule. Elle se lève les yeux et me dit la phrase que je n’aurais jamais voulu entendre: «TON PÈRE EST MORT» et voilà que la terre a arrêté de tourner.

Mon frère l’a appris seul. Il a dû l’annoncer à notre mère et elle a dû, à son tour, me l’annoncer. Je sors dehors, en état de choc. Mariève (sœur), Jérémy (conjoint) et Steven (ami) sont arrivés mais, comme je suis en larmes, ma sœur s’est dit: oh non, Fara qui pleure, ça n’augure rien de bon. Ils ont compris, à leur tour, que nous venions de perdre notre père. J’ai dû l’annoncer, au téléphone, à ma sœur Amé.

Dans le temps de le dire, après avoir appris qu’il était décédé, la nouvelle était déjà sur Internet. Ma mère a pensé aux parents de mon père et à ses deux frères. Elle ne voulait pas qu’ils l’apprennent, par la télévision, comme plusieurs l’ont appris. Voici notre 27 mai 2017…

Les seules choses qui nous font un baume sur le cœur sont qu’il est mort en faisant ce qu’il aimait, que nous n’avons pas eu de déchirante décision à prendre et qu’il est décédé dans son TÉO Pro, Car.

Un gros merci à Bob (Robert Lebrun, propriétaire de la voiture et grand ami), l’équipe de course (tous de grands amis), les spectateurs et les supporteurs qui lui ont permis de courser, soir après soir, en ayant envie de leur donner un maudit bon show.

Un GROS merci aux gens qui étaient là, ce soir-là, pour leur aide.

Nous aimerions tout de même faire passer un message à travers notre histoire: «premièrement, il est primordial de mettre en place un protocole pour ce genre d’éventualité. Nous savons que cela n’arrive presque jamais alors si, une autre histoire semblable se produisait, il serait très important que les membres de la famille et de l’équipe de course ne soient pas laissés seuls à eux-mêmes.’»

La famille souhaite que Guy ne soit pas mort pour rien.

«Ce n’est pas humain, ce qu’on a vécu, et on ne souhaite pas ça à personne. Ce qui nous console, c’est qu’il n’a pas souffert et qu’il est mort en faisant ce qu’il aimait le plus. On ne veut pas mettre fin aux courses, mais on voudrait qu’il y ait un protocole, car Guy aurait voulu que ça change.»

Le fils de Guy Ouellette, Guillaume, a bien voulu partager au média 360nitro.tv son témoignage qu’il a qualifié l’épreuve d’une vie.    

«Salut, Steve, tout d’abord sache que j’apprécie le geste. Écoute, par où commencer ! Je vais bien, mieux qu’il y a quelques années. Ça été toute une épreuve à surmonter,  l’épreuve d’une vie. Jamais, dans ma vie, j’aurais imaginé être déraciné à ce point. J’ai dû livrer une dure bataille, jour après jour, pour me faire à l’idée qu’il n’était plus là.

Tu sais, Steve, depuis que je suis né que j’allais aux courses avec lui. Il paraît évident, pour moi, que je suis qui je suis, grâce à lui. Mon père était un homme bon, mais dur à la fois. Dès mon plus jeune âge, j’ai appris le respect, l’humilité, et toujours, faire de mon mieux. Quand la vie lui lançait des défis, il ne se sauvait jamais. Mon père les affrontait coûte que coûte. Plus facile à dire qu’à faire, on va se le dire, mais ça vaut la peine!

Des soirées, dans le garage, à tenir la baladeuse en regardant ce qu’il faisait, j’en ai eues ! Au fil du temps, je suis devenu un homme avec des valeurs et je lui en serai toujours reconnaissant. C’est ce qui fait en sorte que je me suis relevé.

Si l’on remonte en mai 2017, j’avais 22 ans. Je sais qu’il a eu le temps de voir le potentiel et la rage de réussir que j’avais. Je pense qu’il était serein à l’idée qui j’étais. Je suis content d’avoir pu faire des choses avec lui jusqu’à la tragique fin. Je suis content qu’il ait, à son tour, tenu la baladeuse pendant qu’il me regardait travailler. Je sentais que sa fierté à mon égard grandissait et, c’était la même chose pour moi. C’est tout ce que j’ai toujours voulu, qu’il soit fier de moi !

Ton père était ton idole !

On peut le dire, il est parti trop tôt! La vie est injuste parfois et c’est bien vrai. J’aimerais, un jour, être bon comme lui, sur la piste ou dans la vie en général. Mais il était d’un tel niveau! je vais continuer de travailler en ce sens, c’est certain ! Parce que la réussite, c’est ça. C’est lui! Il sera, à jamais, mon idole et mon modèle à suivre.»

Il arrive à la famille de retourner aux courses pour voir courir Guillaume.

 Ils sont en paix car ils savent qu’il ne course pas seul, il course avec son père.

Par ailleurs, la famille s’indigne de certains commentaires odieux à l’endroit de Guy, ce qui n’aide en rien à leur processus de deuil.   Je tiens à vous remercier pour vos témoignages tellement profonds et sentis. De pouvoir en parler et d’écrire permet souvent d’avancer, sans toutefois tourner la page. C’est sans cesse gravé dans votre mémoire et dans votre âme malgré la vie qui continue. Vous démontrez une force de caractère hors du commun, depuis le jour fatidique. Votre instinct de survie, malgré l’incompréhension et la douleur, me permet de croire que la vie reprend petit à petit malgré tout. Bonne chance !

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Steve Brillant
Chroniqueur / Photographe
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Sylvain Lussier
Sylvain Lussier
21 jours il y a

Ç était un bon ami au travail et bon gars qui était même en dehors J ai sa photo sur mon bureau chambre je pense à lui merci Guy

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