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Pas de F1 à Montréal en 2020: la faute du gouvernement?

Le Grand Prix du Canada 2020, initialement reporté à une date indéterminée (qu’on croyait être la fin de semaine de l’Action de Grâce, au mois d’octobre), a finalement été annulé il y a quelques jours par la F1. Depuis, le promoteur François Dumontier a mentionné que la Santé publique du Québec n’avait pas répondu à son plan sanitaire étoffé présenté à la fin du mois de juin, par l’entremise du Ministère du tourisme, dont relève le Grand Prix du Canada. Certains crient au scandale et auraient aimé que le gouvernement soutienne mieux l’équipe de Dumontier.

Il ne fait aucun doute que la crise sans précédent dans laquelle nous sommes plongés a ébranlé tous les secteurs d’activité et le gouvernement devait établir une liste des priorités pour sa gestion de crise. Évidemment, personne ne s’est étonné que la culture et le sport ne soient pas en haut de cette liste. Il aurait été égoïste de penser autrement, même si les événements sportifs et culturels sont des éléments importants de notre tissu social.

Dans ce contexte, la Santé publique et la CNESST ont donc travaillé à mettre en place des guides de retour aux activités pour les secteurs manufacturiers, les bureaux administratifs, les commerces de détail, les entreprises de services, etc. Beaucoup d’efforts ont été consacrés à la préparation de ces trousses d’outils et comme responsable des immeubles d’une institution importante de la région, je peux confirmer que l’encadrement à ce niveau a été adéquat et utile. Plus récemment, des trousses d’outils similaires ont été publiées pour les milieux sportifs et culturels.

Quelle que soit leur envergure, tous les événements de ces deux secteurs nécessitent des mois de préparation. Dans plusieurs cas, les décisions d’annuler les  événements de l’été 2020 ont donc été prises très tôt ce printemps. On n’a qu’à penser au Festival d’été de Québec, au Grand Prix de Trois-Rivières, aux nombreux festivals montréalais, etc. L’incertitude de l’évolution de la pandémie ne permettait pas aux organisateurs de ces événements d’en garantir la tenue.

Pour les ligues sportives de niveau intermédiaire (baseball junior/senior, course automobile régionale, etc.), les activités ont repris à petite échelle, dans des conditions difficiles, souvent dans la confusion quant aux règles à suivre. À ce niveau, la Santé publique a manqué le bateau et ne semble pas vouloir clarifier les règles outre mesure pour le moment. Souvent, ce sont les municipalités qui doivent intervenir, donnant ainsi des incohérences dans une même ligue (600 spectateurs au baseball à Thetford Mines, 250 à Saguenay et limite de 50 à Québec). Les salles de spectacles intérieures ont elles aussi de la difficulté à présenter des événements rentables, avec des mesures sanitaires pas toujours claires.

Mais revenons au Grand Prix du Canada. Débordant le cadre local et national, cet événement, tout comme la LNH, la MLS et d’autres organisations internationales, est régi par une équipe de gestion située à l’extérieur du pays. Globalement, les promoteurs d’ici sont à la merci des décisions prises à l’étranger, pour des raisons qui ne sont pas liées à la situation locale. Dans ce contexte, peut-on vraiment blâmer la Santé publique d’avoir attendu avant d’analyser le plan sanitaire de François Dumontier? Au mieux, l’événement était reporté à la mi-octobre, selon toute vraisemblance. La situation qui prévaudra au mois d’octobre sera fort probablement très différente de celle qui prévalait au mois de juin, lorsque le plan sanitaire a été rédigé.

De plus, pour plusieurs personnes et depuis plusieurs semaines, il était de plus en plus évident qu’il n’y aurait pas de Grand Prix à Montréal en 2020. La F1 a créé une bulle sanitaire très contrôlée en Europe, où l’ensemble des courses auront lieu (Sochi étant la quasi-exception). Il ne fait pas de sens à la F1 de traverser l’Atlantique dans ce contexte pour une seule course. S’ils avaient traversé l’océan, ils se seraient installés pour au moins 2 ou 3 courses. Les autres pays accueillant la F1 sur notre continent sont les États-Unis, le Brésil et le Mexique… définitivement pas des modèles à suivre pour le contrôle de la pandémie. Et c’est sans tenir compte que Montréal a également été une des régions les plus durement touchées au monde par le virus. À la lumière de tout ça, je pense qu’on ne pouvait pas vraiment espérer que la F1 vienne nous visiter en 2020.

Et c’est dans ce contexte, à mon avis, que la Santé publique n’a pas analysé en profondeur le plan sanitaire déposé en juin. Ils attendaient tout simplement une confirmation de la tenue du Grand Prix, une décision aucunement liée aux décisions du gouvernement du Québec. Si la F1 avait annoncé une course à Montréal en octobre, tout le monde aurait eu l’occasion de mettre à jour le plan, de l’analyser, et de le mettre en action. Il aurait cependant été approprié qu’une communication autre qu’un simple accusé de réception ne soit envoyé à François Dumontier. On se revoit sur l’Île Notre-Dame (je l’espère) en juin 2021.

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Christian Gingras
Chroniqueur / Photographe
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Éric Descarries
Eric Descarries
16 jours il y a

Excellent reportage, Christian! Toutefois, j’aimerais y ajouter mon petit «grain de sel». Vu que les Grand Prix des États-Unis, du Mexique et du Brésil étaient déjà annulés, je voyais mal «l’organisation» se taper le transport de tout ce matériel d’Europe vers l’Amérique et surtout le coût! Ce transport aurait pu être «amorti» si quatre événements s’étaient produits, peut-être même trois. Mais imaginez ce qu’il en aurait coûté de transport aérien (surtout des membres des équipes qui auraient dû avoir passé des tests de dépistage et ainsi de suite) et de logistique en général. Certes, Santé publique a joué un rôle… Lire la suite »

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