Reddick est inarrêtable

Crédit photo : Sean Gardner / Getty Images

Il y a des fins de course qui ne se racontent pas. Elles se subissent. Ce dimanche, à Atlanta, Tyler Reddick a fait exactement ce qu’il fallait pour décrocher sa deuxième victoire de la saison.

Deux courses. Deux victoires. Le Daytona 500 la semaine dernière, l’Autotrader 400 aujourd’hui. Le premier pilote depuis Matt Kenseth en 2009 à ouvrir une saison avec deux victoires consécutives. Et il l’a fait sans son aile avant droite. Parce que visiblement, Tyler Reddick n’a pas besoin de toutes ses pièces pour être meilleur que tout le monde.

La course : 271 tours de chaos organisés

Atlanta est Atlanta. On le sait, on l’aime, on s’en méfie. Depuis la reconfiguration du circuit en 2022, ce n’est plus une piste de vitesse : c’est une arène. Une draft constante, des changements de trajectoire à 300 km/h, et des accidents qui arrivent comme les impôts : inévitables et douloureux.

La journée démarre normalement. Austin Cindric remporte la première étape après 61 tours de course sous drapeau vert en partant de la 30e position. Sur les « superspeedway » comme Atlanta, les positions de départ ne veulent rien dire.

La deuxième étape, elle, ressemble davantage à ce qu’on attend d’Atlanta : trois drapeaux jaunes en 40 tours, 16 voitures impliquées, des noms qui disparaissent du classement comme des fantômes. Ty Gibbs, Josh Berry, Ricky Stenhouse Jr., Kyle Busch tous avalés par la machine avant même la mi-course.

Et puis il y a eu Kyle Larson …

Le champion en titre a quitté la course à la fin du deuxième segment en percutant violemment le mur extérieur après un accrochage avec Shane van Gisbergen. Larson a endossé la responsabilité sans détour. Résultat : une voiture détruite, une saison 2026 qui commence avec deux courses difficiles et une question qui flotte dans l’air : est-ce que le champion en titre est déjà en difficulté pour la « Chase » ?

Deux coups durs

Premier coup dur au tour 224. Reddick se retrouve pris dans un carambolage à neuf voitures impliquant notamment Denny Hamlin, AJ Allmendinger, Chris Buescher, Joey Logano, William Byron, Alex Bowman, Michael McDowell et la recrue Connor Zilisch. Le No. 45 Toyota repart, mais avec un aileron avant droit partiellement arraché. Il reste encore 36 tours à faire. Reddick les avale un à un, sans se plaindre, sans rentrer au garage.

Deuxième coup dur vers le tour 257, à trois tours du drapeau à damier. William Byron touche le mur, ralentit dramatiquement, et Austin Cindric ne peut rien faire pour l’éviter. L’impact entraîne un carambolage à onze voitures dans la ligne droite opposée. Drapeau rouge pour nettoyer la piste.

Le drapeau rouge

N’importe quel autre pilote aurait pu baisser les bras, mais pas Reddick. Il revient en piste pour les deux prolongations, conduit une voiture partiellement démembrée, et exécute la dernière relance comme si son bolide était en parfait état. Il dépasse Carson Hocevar et Bubba Wallace dans le tour final, et tient jusqu’au drapeau à damier avec 0,164 secondes d’avance sur Chase Briscoe.

Ross Chastain termine troisième, Hocevar quatrième, et Daniel Suárez cinquième dans un top-5 qui envoie quelques messages intéressants pour la suite.

Michael Jordan : deux courses, deux victoires, et des airs de propriétaire qui n’a pas fini de surprendre

Il était là, encore, Michael Jordan, copropriétaire de 23XI Racing, dans la ligne des puits, à embrasser Reddick comme s’il venait de gagner le championnat. Et il faut bien admettre que son équipe — qu’on a longtemps regardée avec un mélange d’admiration et de scepticisme — est en train de démontrer quelque chose de sérieux.

Reddick gagne. Bubba Wallace mène 46 tours, se retrouve en tête avant la dernière relance et termine huitième dans ce qui aurait pu être un doublé historique pour l’équipe. 23XI Racing a dominé la majeure partie de cette course, avec deux voitures dans le peloton de tête pendant plusieurs tours.

Les perdants du dimanche

Kyle Busch continue sa période sombre. Un accident dès le 125e tour, une 34e place, et une frustration à peine voilée contre Noah Gragson. Busch devra gagner en régularité si la Chase doit signifier quelque chose pour lui cette saison.

Ty Gibbs accumule les déboires. Deux courses, deux catastrophes. Atlanta l’a vu disparaître au tour 82 après un contact avec Josh Berry. Le jeune pilote JGR n’arrive pas à trouver ce rythme de constance que le nouveau format Chase va exiger de lui sans aucune pitié. Et le temps presse.

Chase Elliott, lui, finit 11e après avoir été en lice pour un top-5. Une course en montagnes russes, entre une excellente remontée et une erreur en fin de course dans le trafic. Elliott n’a pas encore sa victoire en 2026, et l’histoire de Daytona — où il menait dans le dernier tour avant de tout perdre — reste fraîche dans les mémoires.

La suite : direction Austin et le Circuit des Amériques

Le prochain rendez-vous en Cup aura lieu le 1er mars à COTA. Premier circuit routier de la saison. Si Reddick continue sur cette lancée, la conversation va vite changer de nature. On ne parlera plus de “bon début de saison”. On parlera de domination.

Et dans un format Chase où la constance prime et où une victoire vaut 55 points, Tyler Reddick est déjà en train de prendre une avance que les autres vont mettre du temps à rattraper.

En conclusion

Atlanta nous a offert un solide spectacle et a mis les cartes sur table quant aux intentions de Tyler Reddick et de l’écurie de Jordan. La suite sera forcément intéressante à suivre. Que les dieux bénissent les rois de la course

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