Tyler Reddick l’emporte au dernier tour

Crédit photo : François Richard

(Daytona, Floride) Le Daytona 500 2026 a confirmé ce que cette piste impose chaque année : une hiérarchie impossible à figer, des alliances de circonstance, et une course où la position en piste compte autant que la vitesse. L’épreuve de 200 tours s’est conclue par la victoire de Tyler Reddick, dans une édition marquée par 66 changements de meneur impliquant 26 pilotes, ainsi que cinq neutralisations totalisant 32 tours. Ricky Stenhouse Jr. a terminé deuxième à 0,308 seconde, et Joey Logano a complété le top 3.

Parti 26e sur la grille, Reddick a construit sa course sur l’exécution et le timing plutôt que sur une présence continue aux avant-postes. Au volant de sa Toyota no 45, il n’a passé que 18 tours dans le top 5 et n’a mené qu’un seul tour, le dernier. Sa course s’est articulée autour d’une stratégie propre, incluant sept arrêts aux puits, avec un dernier passage à 16 tours de l’arrivée. Il a signé son meilleur tour en 46,479 s (193,636 mi/h).

Derrière, Stenhouse a été l’adversaire le plus menaçant au moment où la course s’est resserrée. Le pilote de la Chevrolet no 47 affichant fièrement les couleurs Chef Boyardee a mené quatre tours et a enregistré le meilleur tour absolu de la course en 45,737 s (196,777 mi/h), preuve d’une voiture capable d’avancer dans la circulation. Il n’a toutefois pas réussi à transformer cette performance en victoire dans le sprint final, l’écart de 0,308 seconde soulignant la logique propre aux superspeedways : la conclusion se joue souvent sur la dynamique de ligne et l’aspiration. Logano, de son côté, a livré une course de gestion et d’opportunisme. Parti 3e, le pilote de la Ford no 22 a mené neuf fois pour un total de neuf tours.

Le tournant majeur est survenu au 124e passage alors que la lutte pour la première place s’intensifiait, un contact entre Denny Hamlin et Justin Allgaier dans le tri-oval a déclenché un accident en chaîne impliquant un large groupe de concurrents. Cet épisode a redistribué les cartes et renforcé la dimension tactique de la seconde moitié de course.

Le milieu d’épreuve a prolongé cette instabilité avec des séquences à deux et trois lignes, et une succession continue de changements de meneur. Corey Heim avait mené huit tours, fait rare pour une voiture portant le numéro 67, le dernier précédent équivalent remontant à 1951. Ce type d’élément rappelle que, sur superspeedway, des opportunités ponctuelles peuvent émerger au gré des alliances et de la dynamique d’aspiration.

Pourquoi Reddick a gagné à la fin

La victoire de Reddick s’explique d’abord par son positionnement stratégique dans une course où mener trop tôt peut exposer inutilement au risque. Ses chiffres (peu de présence dans le top 5, un seul tour mené) traduisent une approche de contrôle du risque : rester dans le groupe, éviter les situations à forte probabilité d’incident, et conserver une marge de manœuvre pour la phase décisive.

Ensuite, la course s’est en grande partie jouée sur les arrêts sous drapeau vert et la gestion du carburant en fin d’épreuve. Reddick a effectué sept arrêts, avec un dernier passage aux puits à 16 tours de la fin, ce qui lui a permis d’aborder le final avec une réserve suffisante. À l’inverse, l’incident de Cole Custer, en panne d’essence alors qu’il roulait 4e a déclenché une réaction en chaîne : plusieurs pilotes ont plongé aux puits, Ross Chastain a brièvement hérité de la tête, et la meute a été reconfigurée. Ce type de “réinitialisation” favorise les voitures dans la bonne fenêtre stratégique au bon moment et Reddick s’est retrouvé dans cette fenêtre.

Enfin, sur l’ovale de Daytona, la victoire se décide souvent sur la capacité à arriver dans le dernier tour avec la bonne ligne et le bon soutien d’aspiration. Le fait que Reddick n’ait pris la tête qu’au moment décisif est cohérent avec cette logique : une course gérée pour être en position de convertir l’opportunité finale, puis une exécution suffisante pour résister au retour de Stenhouse Jr. jusqu’au drapeau à damier.

En conclusion

Cette édition 2026 n’a pas sacré un vainqueur “dominant” au sens classique du terme : elle a récompensé une lecture de course, une discipline stratégique et une capacité à convertir la dernière ouverture disponible dans une épreuve constamment rebrassée par les changements de lignes, les incidents et les cycles d’arrêts. Dans un Daytona 500 où le contrôle est toujours relatif, Reddick a simplement été celui qui a su être au bon endroit, au bon moment, quand la course a exigé une réponse immédiate.

Il est maintenant temps de reprendre la route du retour vers la belle province. Que les dieux bénissent les rois de course !

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