Lincoln Continental 2019 et autres prix de l’AJAC

Crédit photo : Éric Descarries

Parfois, on se pose de drôles de questions sur le domaine de l’automobile. Par exemple, pourquoi certaines marques dites haut-de-gamme sont portées aux nues alors que les gens qui en possèdent se plaignent de problèmes. D’autres fois, c’est le contraire. J’ai rencontré des propriétaires de petites autos italiennes (j’ai presque dit la marque, n’est-ce pas?) qui se disent heureux de leur achat (j’en connais même un qui est descendu quatre fois en Floride avec son petit coupé cabriolet, le tout sans problèmes) alors que certaines publications s’en donnent à cœur joie quand vient le temps d’écrire sur leurs évaluations négatives sur la marque.

Je dois avoir le don de me mettre, parfois, les pieds dans les plats. Prenons la marque Genesis que j’aime conduire et sur laquelle j’ai écrit de beaux rapports. Pourquoi ne se vend-elle pas plus? Pourquoi vante-t-on d’autres marques qui peuvent sembler plus prestigieuses mais qui, en vérité, sont parfois plus problématiques qu’on puisse le croire? On a nommé la Kia Stinger «Voiture de l’année» à l’AJAC. Pourquoi n’en voit-on pas plus sur nos routes?

Tiens, prenons la Lincoln Continental, par exemple. Lorsque l’auto a été dévoilée en prototype il y a quelques années, ce fut le coup de cœur de la presse spécialisée. Lorsque sa version de production a été lancée…pas grand réaction. Pourtant, la voiture de production est tellement près du proto…

Je suis, je l’avoue, un admirateur de la marque Lincoln. J’en possède même une vieille qui, en toute franchise, n’a rien de remarquable au point de vue design (elle n’a même pas été un succès commercial) mais j’en suis fier. Je crois que la marque Lincoln s’est un peu laissé aller au cours des dernières années et ce ne sont pas tous ses produits qui m’intéressent quoique la plupart se distinguent vraiment sur la route et sur le marché. Mais lorsque j’ai conduit la Continental la première fois, j’étais fier d’en être au volant. J’y revoyais une renaissance de la marque qui fut, autrefois, un symbole de réussite de l’industrie automobile américaine, surtout les anciennes comme les limousines KB des années trente, les Continental des années quarante, les Mark II des années cinquante, les Continental dites Kennedy des années soixante, les Mark IV et V des années soixante-dix et, pourquoi pas, les Town Car qui sont vite devenues le symbole de la limousine en Amérique (j’en ai même vues au Japon et en Europe!). Pour moi, la nouvelle Continental faisait déjà partie de ce groupe glorieux. Oui, mais…

Oui, mais…Pourquoi les ventes ne sont-elles pas plus évidentes? Selon GoodCarsBadCars, les ventes de la Continental sont passées de 12000 à un peu moins de 9000 de 2017 à 2018. Peut-être que cette baisse est due au désintérêt général des automobilistes pour les voitures leur préférant des VUS? Qu’importe, après avoir conduit une première version en 2017, j’ai repris une Continental la semaine dernière, une version Reserve 2019 avec toutes les améliorations qui lui ont été apportées.

Au départ, je dois vous dire que j’ai entendu que de belles remarques sur le design de cette berline. Même au poste d’essence, le jeune commis au comptoir m’a dit : «Quelle belle auto! Elle a de la classe» ! C’est la preuve que les Continental font honneur à la marque. En passant, il ne s’agissait pas de la version spéciale allongée Coach Door Edition avec les portes «suicide» à l’arrière comme celles des années soixante, les Lincoln «Kennedy». Ces Lincoln spéciales n’ont été produites qu’à 80 exemplaires et vendues (à un prix dépassant les 100 000 $ US) en moins de 48 heures.

  • Dès son arrivée sur le marché il y a deux ans, la Continental a surpris par son élégance…
  • Si, de l’avant, la Continental peut être confondue avec la MKZ, de l’arrière, elle est nettement plus originale…et plus belle!

Dès que l’on s’approche de l’auto avec les clés en poche, les lampes d’accueil s’illuminent (de soir!) créant un faisceau au sol avec l’emblème Lincoln, bien entendu. On ouvre la portière en prenant la poignée en main (elle fait partie de la baguette de chrome qui court sur le dessus de l’auto) et en pressant le petit bouton électrique à l’intérieur de la poignée. L’avant de l’auto ressemble à celui de la MKZ avec une calandre dont le dessin a été repris sur tous les autres modèles de Lincoln. L’arrière, cependant, n’a rien de la MKZ. Il est plus élégant avec une ligne plus classique nous rappelant celle des anciennes Continental. Mais cela, je vous laisse juger de vous-mêmes.

Un intérieur somptueux

L’intérieur de la Continental a été reconnu comme le meilleur (Best Interior) par les rédacteurs d’AutoTraders.

Une fois à l’intérieur, on constate l’opulence du design de cette auto. Regardez sur les photos. Un beau mélange de chrome, de bois et de cuir. Le tableau de bord est d’un dessin remarquable avec une instrumentation électronique plutôt discrète. Cette année, la Continental est livrable avec l’affichage numérique du compteur de vitesse à l’intérieur du pare-brise, un accessoire qui devrait, je crois, être standard sur toutes les voitures et camionnettes. L’écran au centre est combiné au système Sync 3 de Ford et du nouveau système d’assistance à la conduite plus élaborée du constructeur (notez qu’en plus de la caméra de marche arrière, il y en a une, cachée derrière l’emblème de la calandre, qui vise de l’avant à basse vitesse ce qui est très utile en manœuvres de stationnement). L’écran sert aussi pour plusieurs réglages des sièges, de la température et j’en passe. Ma voiture d’essai était aussi équipée d’une radio avec sonorisation Revel Ultima avec rien de moins que 19 haut-parleurs (une petite option de 2700 $ !).

La console est plutôt discrète avec…rien! En effet, pas de levier! Les commandes de changements de vitesses sont à bouton pressoir au tableau de bord (on peut passer les vitesses et rétrograder avec les palettes au volant). Quant au volant (chauffant), il n’y a pas tant de commandes distrayantes. La première surprise qu’a un passager qui monte pour la première fois dans cette voiture, c’est de ne pas y trouver de poignées de portes. En effet, regardez sur la photo, le bouton en plein centre de la garniture de portière, c’est la poignée qui ouvre la porte (mon père a déjà eu une Lincoln Zephyr 1940 dont les portières s’ouvraient de l’extérieur et de l’intérieur par un tel bouton!).

Les sièges avant (chauffant et ventilés) sont remarquables par leur ajustement électrique à 30 façons. On finit par y trouver une position plus que confortable, même pour les cuisses! Et on peut y ajuster le massage! Toutefois, ce qui distinguait ma Continental d’essai des autres, ce sont les places arrière, un ensemble spécial (option de 5000 $). Il y a une console rabattable au centre qui dévoile un centre de commandes. Les occupants peuvent alors ajuster le siège selon le confort qui leur va le mieux. Il peut même s’incliner alors que les places extérieures sont chauffantes ou ventilées. Il y a aussi au centre une passe pour les skis dans le coffre. Et le chauffage et la climatisation sont individuels aux places arrière. D’ailleurs, en parlant de coffre, celui-ci est caverneux!

  • La version de luxe de la Continental peut être livrée avec cet ensemble arrière élaboré avec sièges ajustables!
  • Le coffre avec passe pour skis est tout simplement caverneux.

Toute une mécanique

Même si la Continental est basée sur une plateforme de Fusion, il ne doit plus en rester rien d’original. Il y a trois moteurs V6 au catalogue, le V6 de 3,7 litres atmosphérique (avec la traction avant), le V6 double turbo de 2,7 litres et celui à 3,0 litres. Celui qui animait ma Continental était le plus puissant 3,0 litres à double turbocompresseur de 400 chevaux et 400 li-pi de couple. Il était combiné à une boîte automatique à six rapports (et je n’ai pas senti en avoir besoin de plus) et à la traction intégrale, un élément mécanique indispensable pour l’hiver plutôt sévère que nous vivons.

La suspension indépendante de cette auto est ajustable de régulière à Sport en passant par Comfort. Normalement, je trouverais cette dernière position trop molle mais dans les rues glacées et terriblement endommagées de mon patelin (Laval!), cette position s’est avérée idéale! En mode Sport, la Continental devient plus ferme mais la conduite peut être poussée un peu plus car l’auto reprend une certaine tenue de route remarquable. Soit-dit en passant, chez Cadillac on essaie de pousser l’aspect sportif des voitures mais chez Lincoln, on pense plus au confort, peut-être un peu à l’américaine mais appréciable, surtout pour une auto de ce calibre. Les pneus d’origine sur roues de 20 pouces avaient été remplacés par des Toyo Observe un peu bruyants mais très efficaces.

  • Le puissant V6 EcoBoost biturbo de 3,0 litres est caché sous un couvercle de plastique.
  • Les pneus Toyo Observe d’hiver se sont avérés très efficaces sur la glace et dans la neige. Mais ils sont bruyants sur pavé sec.

Sur la route

Conduire une Continental, ce n’est pas conduire une auto ordinaire. On se glisse derrière le volant et l’on ajuste ses positions selon son confort. Avec notre hiver, on ne peut qu’apprécier le volant et les sièges chauffants. On démarre avec le bouton pressoir, on passe en vitesse avec un autre bouton pressoir puis, on apprécie la puissance et le confort de la voiture. Elle n’est pas si grosse qu’on voudrait le croire et la visibilité y est agréable. Si vous voulez parler de puissance, mettez le pied au plancher, si vous en avez la place idéale. Vous y sentirez des accélérations plus que remarquables Passer de 0 à 100 km/h demande moins de six secondes avec le «gros» V6. Pour ceux qui voudraient une Continental plus modeste, il en existe le modèle à traction avant avec le V6 de base de 3,7 litres et 305 chevauxmentionné plus haut ou l’EcoBoost de 2,7 litres de 335 chevaux qui en étonnera plus d’un. À essayer!

Incidemment, la traction intégrale est aussi disponible avec ces moteurs. Encore une fois, on pourrait critiquer Ford de ne pas mettre une boîte automatique à plus de rapports que six mais je me demande pourquoi. Tout s’y passe en douceur avec celle-ci (peut-être, cependant, que la consommation pourrait profiter d’une boîte à dix vitesses ?). Encore une fois, la traction intégrale est utile en hiver mais elle le sera aussi en été lors de journées de pluie abondante. Autrement, je n’aurais qu’à reprocher le niveau sonore un peu élevé du moteur dans l’habitacle. Non pas qu’il soit assourdissant mais il est audible, un peu plus que je ne l’aurais aimé. Enfin, il y a le point le plus négatif de cette auto, la consommation. J’ai conduit la Continental avec motorisation semblable en mai 2017 et j’ai obtenu une moyenne de 13,9 litres aux 100 km. Cette fois, ça dépassait les 15 litres aux 100 km. Il faut dire que cette grande berline pèse plus que 4700 livres. Ford devrait penser à plus d’aluminium ici…

Malgré ce défaut, j’ai aimé la Continental. J’ai lu certains articles qui dénigraient la voiture en lui trouvant un manque de finition…je ne sais pas où ils ont vu cela! Évidemment, tout le monde a critiqué la consommation du plus puissant moteur mais avec le poids et les 400 chevaux, on n’est pas dans la catégorie des Toyota Prius ou des Honda Fit. On veut du confort, il faut payer un peu plus. Je crois que la Continental est une voiture de grande qualité et je comprends qu’on n’en voit pas beaucoup sur les routes. C’est une auto de grande classe qui s’adresse à une clientèle spécifique. La Continental Reserve AWD affiche un prix de base de 68 265 $.

L’option du moteur V6 de 400 chevaux est de 3000 $, les phares avant aux DEL valent 2800 $ (et ils éclairent vraiment bien et loin!) le siège du conducteur à 30 fonctions est une option de 750 $ alors que l’ensemble du compartiment arrière avec sièges inclinables ajoutera 5000 $ à la facture. Les belles jantes spéciales ont un prix de 750 $ alors que la chaîne audio Revel vaut 2700 $. La superbe peinture Perle céramique est un ajout de 700 $ et les carpettes supplémentaires sont de 150 $. Ajoutons la toujours aussi incroyable taxe d’accise pour la climatisation de 100 $ et les frais de transport et préparation de 2000 $ et vous saurez que ma voiture d’essai affichait un prix final de 86 215 $. La garantie de base est de 48 mois ou 80 000 km. La concurrence à cette Lincoln vient des Lexus GS300, Cadillac XTS et CT6, Volvo S90 et autres.

Enfin, soulignons que Lincoln a aussi récemment reçu des recommandations pour sa fiabilité ce qui devrait ajouter à sa réputation! Ajoutons-y un Top Safety Award de l’IIHS (Insurance Institute for Highway Safety), cinq étoiles (5 Star Crash) pour la sécurité de la NHTSA et l’Initial Quality Study Award de J.D. Power…Que dire de plus?

D’autres gagnants de l’AJAC

Outre les Voiture et Utilitaire de l’Année (Kia Stinger et Jaguar I-PACE), l’AJAC (Association des Journalistes Automobile du Canada) a récemment dévoilé ses résultats des Innovations de l’année, un concours auquel peu de membres participent car il se concentre surtout sur des innovations techniques et technologiques. Je fais partie de ce petit groupe sélect qui nous demande d’analyser des éléments qui, parfois, peuvent paraître un peu complexes. Qu’importe, voici les gagnants selon leur catégorie :

Technologie verte : dans ce domaine très d’actualité, ce fut le constructeur Nissan qui a su se distinguer avec le moteur VC-Turbo d’Infiniti, le premier moteur à rapport volumétrique variable (taux de compression) de production au monde. Il aura fallu une vingtaine d’années à Nissan pour y arriver. Il en a d’ailleurs été question deux fois dans ce blogue avec mes essais de l’Infiniti QX50 avec quatre cylindres à essence de 2,0 litres.

Segment sécurité : dans cette catégorie, le gagnant fut Subaru avec son système DriverFocus dont la caméra à reconnaissance faciale peut distinguer si le conducteur est à s’endormir. Le système envoie alors un signal sonore pour lui signaler la situation.

Segment technique : dans ce segment, il faut souligner le système MBUX de Mercedes-Benzqui utilise l’intelligence artificielle qui crée une connexion émotionnelle entre le véhicule, le conducteur et les passagers. On peut vivre cette expérience grâce à l’écran à haute résolution avec contact tactile et reconnaissance vocale intelligente qui est activé par la simple commande «Hey, Mercedes». Ça vous rappelle quelque chose?

Pour lire le blog d’Éric Descarries : http://blogueericdescarries.tumblr.com/

Éric Descarries
Chroniqueur
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