Deuxième position : Mon périple à Martinsville

Crédit photo : François Richard

Ma visite à Martinsville, lors de l’avant-dernière semaine de course de NASCAR de la saison 2025, remporte haut la main la seconde position de mon top 5. Mais qu’est-ce qui propulse précisément Martinsville à cette position enviable ? Laissez-moi vous raconter pourquoi ces quelques jours sur l’un des plus vieux circuits de NASCAR ont laissé une empreinte indélébile dans ma mémoire.

Quinze heures de route : l’engagement du vrai amateur

Partir de Québec pour se rendre à Martinsville, c’est un pèlerinage de près de 15 heures à travers deux pays. Mon collègue photographe Christian Gingras et moi avons emprunté la route passant par l’Ontario et les Mille-Îles, évitant le cauchemar de la 95. La 81 nous a menés directement à destination, avec un arrêt nocturne dans un « trou perdu de la Pennsylvanie ».

Quand on investit autant d’heures de route, on arrive avec des attentes élevées. Et je peux vous confirmer que Martinsville a livré la marchandise au-delà de mes espérances.

L’histoire vivante du NASCAR

Ce qui propulse Martinsville en deuxième position, c’est d’abord cette connexion profonde avec l’histoire du NASCAR. Imaginez : c’est le seul circuit qui a accueilli des courses de la série CUP à chaque saison depuis 1949. Soixante-seize ans d’histoires ininterrompues !

L’histoire de H. Clay Earles, cet homme d’affaires qui n’avait qu’une éducation de quatrième année mais un sens des affaires redoutable, est fascinante. En 1947, il a construit ce petit ovale de terre battue avec à peine 750 sièges. Pour la première course, 6 000 spectateurs se sont déplacés ! Aujourd’hui, son petit-fils Clay Campbell tient toujours les rênes du circuit depuis 1988. Cette continuité familiale ajoute une touche d’authenticité rare dans le sport professionnel moderne.

Se tenir dans la « Press-Box » avec une vue imprenable sur l’ensemble du circuit, c’était comme regarder l’histoire se dérouler sous nos yeux.

Trois courses, trois émotions différentes

La densité de l’action justifie également cette place d’honneur. En trois jours, nous avons eu droit à trois courses de séries différentes, chacune avec son caractère propre.

Le vendredi soir, Corey Heim a décroché sa onzième victoire de la saison en série Craftsman Trucks. Le samedi, Taylor Gray a obtenu sa toute première victoire en carrière en Xfinity après une prolongation « Vert-Blanc-Damier ». Un moment magique pour ce jeune pilote.

Mais c’est dimanche que le spectacle a atteint son apogée.

Le Xfinity 500 : quatre heures d’intensité pure

William Byron a offert une solide performance de pilotage lors du Xfinity 500. Parti en pôle avec un tour de qualification à 98,185 mph, Byron a littéralement dominé la course en menant 304 des 500 tours. Mais la statistique ne raconte pas toute l’histoire.

Ce qui a été le plus spectaculaire est la bataille entre Byron et Ryan Blaney dans les derniers tours. Blaney, parti de la 31e position, avait remonté comme un forcené et avait absolument besoin de cette victoire pour se qualifier pour Phoenix. Les deux dernières années, il avait gagné la course éliminatoire d’automne à Martinsville.

Mais Byron ne l’entendait pas ainsi. À 43 tours de l’arrivée, dans le virage 1, Byron a pris la ligne intérieure et a donné un coup de pare-chocs dans l’arrière gauche de Blaney, le poussant vers le haut de la piste. Un mouvement calculé, peut-être controversé, mais terriblement efficace.

Ce moment précis, c’était du NASCAR à l’état pur : deux gladiateurs du bitume qui se battent pour leur survie dans le championnat, sans retenue. Marathon de près de quatre heures, mais pas une minute d’ennui.

Kyle Larson a complété le top 5, une cinquième place qui lui permettait de se qualifier pour Phoenix sur les points, devançant Christopher Bell de sept petits points. Avec Byron, Denny Hamlin et Chase Briscoe, les quatre finalistes pour Phoenix étaient déterminés.

Les hot-dogs à deux dollars : une tradition sacrée

On ne peut pas parler de Martinsville sans évoquer ses légendaires hot-dogs. Si quelqu’un me demande quelle est la tradition la plus sacrée du NASCAR, je réponds sans hésiter : le hot-dog de Martinsville Speedway.

Ce « bolide culinaire », avec sa couleur rouge éclatante grâce à l’additif Red-40, fait partie intégrante de l’expérience NASCAR depuis plus de 50 ans. La marque Jesse Jones est non négociable. Quand la direction a tenté en 2015 de passer aux saucisses Valleydale, les fans se sont tellement insurgés que la marque originale a dû être réintroduite en 2018.

Servi sur un pain vapeur avec moutarde, chili, oignons et salade de chou style sudiste, ce chef-d’œuvre culinaire coûte seulement deux dollars. DEUX DOLLARS ! Environ 70 000 de ces beautés sont vendues lors de chaque course. J’ai fait ma part, croyez-moi.

Les petits détails qui font la différence

Ce qui élève Martinsville à cette deuxième position, ce sont aussi ces petits détails savoureux :

Christian a compté les changements de casquette de William Byron lors des photos après sa pole position du samedi. Tenez-vous bien : 17 changements de « calotte » ! C’est révélateur des défis actuels des écuries qui doivent jongler avec de multiples commanditaires.

La concentration d’églises sur la route 220 entre Roanoke et le circuit était surréaliste. Il devait y en avoir une tous les deux milles. Et dimanche matin, dans le stationnement des médias, un chapiteau du « Speedway Ministry » offrait une messe complète avec orchestre. Nous avons même eu droit à un solo de guitare pendant que nous sortions notre équipement !

Une foule différente, une ambiance unique

L’accueil des Virginiens a grandement contribué à la qualité de l’expérience. Mon accent québécois et mon anglais « à l’occasion douteux » trahissaient immédiatement mon origine.

« Non madame, je ne viens pas de France, je viens de Québec. »
« Comment êtes-vous venu ici ? En Nissan Kicks. »
« Combien de temps cela vous a pris ? 15 heures. »
« Êtes-vous fou ? Ça ben l’air que oui ! »

Ces échanges spontanés avec les amateurs locaux ajoutent une dimension humaine à l’événement. La foule à Martinsville est très différente de celles que j’ai connues jusqu’à maintenant. Plus traditionnelle peut-être, plus ancrée dans l’histoire du sport, mais tout aussi passionnée.

En conclusion

Martinsville mérite sa seconde position dans mon top 5 de la saison 2025 grâce à une combinaison unique d’éléments qui ont créé une expérience inoubliable. L’histoire fascinante de ce circuit familial qui défie le temps depuis 1947, l’intensité dramatique du Xfinity 500 avec cette bataille homérique entre Byron et Blaney, l’authenticité des traditions comme les fameux hot-dogs à deux dollars, et surtout, cette atmosphère particulière où le passé et le présent du NASCAR se rencontrent à chaque virage.

Malgré une température plus froide que d’habitude, malgré les 30 heures de route aller-retour, malgré notre Nissan Kicks garé dans une pente si abrupte qu’on se demandait comment on allait sortir de là, nous sommes repartis avec des étoiles dans les yeux et des souvenirs impérissables.

Nous sommes repartis avec une image différente de celle que nous avions du NASCAR. Plus authentique, plus proche de ses racines, plus humaine aussi. Cette deuxième position témoigne d’une fin de semaine exceptionnelle qui a dépassé toutes mes espérances et qui restera gravée longtemps dans ma mémoire.

Que les dieux bénissent les rois de la course !

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