Edsel…Je Me Souviens !

Crédit photo : Éric Descarries

Edsel, ça vous dit quelque chose?

Il y a plus de 60 ans de cela, alors que je n’avais que 8 ou 9 ans, une toute nouvelle voiture avait attiré mon attention à un très haut point. Je m’y connaissais un peu en mécanique et mon rêve était de devenir un designer automobile. Alors, pas surprenant que je fus frappé par la nouvelle Edsel! Aujourd’hui je suis à la retraite de l’enseignement, je suis chroniqueur auto depuis presque 40 ans et l’Edsel a disparu de façon peu glorieuse.

Mais ma curiosité (si ce n’est pas un engouement) pour les Edsel n’a pas disparu. J’ai plusieurs livres dans ma bibliothèque sur le sujet. J’ai toute une collection de miniatures d’Edsel et je n’hésite pas à en prendre des photos quand je les repère dans les diverses expositions. C’est tout juste si je n’ai pas une Edsel dans mon entrée de garage…

Mais je m’éloigne… Connaissez-vous la marque Edsel? Edsel, ce fut une voiture que Ford a mise sur le marché de 1958 à 1960. C’est ça, juste trois ans…et peut-être moins car la production de 1960 fut stoppée en novembre 1959. Incidemment, le nom Edsel fut inspiré du seul enfant du légendaire Henry Ford. Il devait prendre les commandes de la compagnie mais le harcèlement de son père l’a rendu tellement malade qu’il est mort à 49 ans des suites d’ulcères d’estomac qui, selon les suppositions, auraient tourné en cancer. De son vivant, Edsel a été responsable du succès de la Ford Modèle A (inspirée des Lincoln, une marque que son père avait acheté de la famille Leyland qui avait aussi créé Cadillac avant de vendre celle-ci à William Durant qui débutait sa General Motors), du succès de la marque Mercury, du succès des plus petites Lincoln Zephyr et surtout des Continental, de la construction en chaîne des avions de guerre B-24 et j’en passe.

L’Edsel et non la Ford Edsel

En 1956, Ford lançait la Continental (le nom Lincoln n’y paraissait pas), une voiture très haut de gamme créée par Edsel au début de 1940 qui avait été reprise mais qui s’est avérée beaucoup trop chère. L’aventure s’acheva en 1957 alors que la Ford Motor Company voulait faire de Continental une division avec plusieurs modèles. C’est peut-être ce qui explique qu’à l’époque, on a voulu faire de la marque Edsel la continuité de la division Continental (saviez-vous que la Mercury Comet devait être la compacte de la lignée Edsel?).

Donc, l’Edsel fut lancée sur le marché nord-américain avec tambours et trompettes en septembre 1957. L’auto était offerte en coupé, en berline, en cabriolet ou en familiale (station-wagon). Les plus luxueuses (à long empattement) avaient les finitions Citation et Corsair et elles reposaient sur des châssis de Mercury (empattement de 124 pouces) incluant un moteur MEL (Mercury-Edsel-Lincoln) de 410 pouces cubes (très semblable au 430 Lincoln mais avec une course plus courte) de 345 chevaux et 475 li-pi de couple (de là l’inscription E475 sur les cache-culbuteurs). La boîte automatique (avec commandes électriques à boutons-pressoir au centre du volant) était à trois rapports avec propulsion arrière et pont rigide. Les versions moins poussées Ranger et Pacer étaient sur des châssis de Ford (118 pouces d’empattement) avec un V8 FE (Ford-Edsel) de 361 pouces cubes. Quant aux familiales, elles étaient toutes sur châssis (et carrosserie) de Ford de 116 pouces d’empattement avec le V8 361. Elles étaient offertes en trois finitions, la Round Up à deux portes et les Villager et Bermuda (avec panneaux latéraux en faux-bois) à quatre portes.

Gros changement en 1959

Toutefois, malgré qu’aujourd’hui on s’aperçoive que l’Edsel a connu un meilleur départ que prévu avec de meilleures ventes que ses concurrentes en 1958 (63 110 aux États-Unis et 4935 au Canada), l’auto est arrivée sur le marché au même moment que les États-Unis connaissaient une importante récession. En fait, à l’époque, les ventes de l’Edsel dépassaient celles de Chrysler, de Desoto et de Studebaker. Notez aussi que c’est au même moment que d’autres marques comme Packard et Hudson fermaient leurs usines. Ce n’était quand même pas le résultat que Ford espérait (Henry Ford II, le petit-fils d’Henry et le fils d’Edsel ne tenait pas à ce que le nom de son père apparaisse sur une auto!) et dès 1959, l’Edsel fut fortement modifiée pour n’adopter que le châssis et la structure des Ford «ordinaires». Les seules finitions au catalogue étaient des Ranger de base, des Corsair de luxe et des Villager familiales. Si l’on pouvait obtenir le V8 de 361 pouces cubes dans les Corsair, les Ranger avaient droit au V8 de 292 pouces cubes des Fairlane (202 chevaux) ou au six en ligne de 223 pouces cubes.

Un échec?

À venir jusqu’à il y a quelques années, l’Edsel était considérée comme l’échec industriel par excellence. L’auto est devenue la risée de bien des humoristes. Curieusement, les autres constructeurs (GM et Chrysler) n’ont pas ri de la situation. Ils l’ont plutôt «étudiée». Qu’est-ce qui a bien pu arriver à l’Edsel?

Au départ, les véritables analystes ont vite cerné le problème. Comme mentionné plus haut, c’est d’abord la récession américaine qui a causé la perte de l’Edsel tout comme elle a fortement nui aux ventes des autres voitures de cette catégorie incluant les Pontiac (surtout américaines si différentes des versions canadiennes), Dodge (encore une fois américaines différentes des canadiennes), Oldsmobile, Chrysler, Desoto, Packard, Studebaker et autres voitures de milieu de gamme de cette époque.

Puis, il y a eu des problèmes de finition et de fiabilité qui se retrouvaient aussi parmi bien d’autres marques à cette époque. Edsel innovait avec les boutons de la transmission au volant mais les fils des commandes étaient trop près de la boîte automatique dont la chaleur les faisait fondre.

Mais, le pire, c’était le style. L’énorme calandre ovalisée à l’avant a été la victime des caricaturistes qui la comparaient à un collier de cheval voire même (avec une imagination déviée qui ne cadrait surtout pas avec la morale de l’époque) à une image de sexe féminin!

Attaqué de toutes parts, Ford a dû réagir rapidement et «recréer» l’Edsel de toute urgence. Le résultat? Les ventes de l’Edsel tombèrent à 44 891 unités aux États-Unis et quelques 2500 au Canada.

La fin…

La situation devint alors intenable. Voyant que la situation était devenue critique, Ford a intégré la marque Edsel au groupe Lincoln Mercury dès 1959 et pour l’année 1960, l’auto fut encore une fois totalement redessinée ce qui, incidemment, n’a pas demandé un gros investissement de Ford. Ses concepteurs n’ont que créé une nouvelle calandre et des feux arrière verticaux qu’ils ont tout simplement greffé à une carrosserie de Ford! Les moteurs à six cylindres et V8 292 furent reconduits alors que le 361 fut remplacé par le 352. Comme en 1959, une boîte manuelle à trois rapports était livrable. Comme on peut le voir sur les photos, l’ostentatoire calandre originale de 1958 n’était plus qu’une pâle image d’elle-même réduite à un simple ornement au centre de la calandre. La production de la version 1960 de l’Edsel fut de courte durée. Débutée en septembre 1959, elle fut abandonnée le 19 novembre de la même année. Le nom fut éliminé. Ford avait aussi conçu la Comet 1960 (basée sur la nouvelle Falcon) pour qu’elle soit un modèle compact économique de l’Edsel. Ses ornements furent rapidement changés pour ceux de Mercury. On n’a pas eu de Comet en 1960 au Canada ce qui a obligé Ford du Canada à transformer certaines Falcon en Frontenac pour les concessionnaires Lincoln-Mercury. Cette version (qui ne porte aucune indication de Ford ou Lincoln) fut abandonnée dès 1961 avec l’arrivée de la Mercury Comet!

Il n’y aura eu alors que 2846 Edsel produites pour l’année 1960, le modèle le plus rare étant le cabriolet Ranger de cette année-là dont seulement 76 unités furent faites. Une telle Ranger en presque parfait état peut aller chercher, aujourd’hui entre 40 000 et 50 000 $ auprès des amateurs de la marque.

Selon divers reportage, cette aventure aurait coûté plus d’un demi-million de dollars de l’époque ce qui se traduirait par plus d’un milliard de nos sous d’aujourd’hui. En passant, les Edsel n’ont pas été spectaculaires en course. Il y en aurait eu deux au Daytona 500 de 1959 et quelques-unes dans d’autres épreuves de moindre importance. Si vous faites des recherches sur Internet, vous y verrez des Edsel de course de stock-car sur petit ovale, surtout des modèles de 1958. J’en ai trouvé deux fortement modifiées qui auraient participé à de récentes courses de désert. La seule photo la plus spectaculaire, c’est celle d’une Edsel Pacer ou Ranger 1958 toute neuve qui aurait gagné l’épreuve de voiture «stock» précédant le Grand Prix de Cuba à La Havane de 1958.  

Il y a quelques belles Edsel au Québec et leurs propriétaires en prennent un soin jaloux. Quand les expositions et les concours de voitures anciennes seront de retour, tentez d’en analyser une. Toute Edsel fait partie de l’histoire de l’automobile…

La réclame qui lança l’Edsel à l’automne de 1957.

Edsel Ford avec sa femme Eleanor durant les années 30.

(Archives de Ford)

Cette Edsel Corsair à deux portes est du Québec.

Une Edsel Ranger à quatre portes aussi du Québec.

J’ai photographié ce cabriolet Edsel 1958 à La Havane mais ce serait plutôt un coupé à deux portes auquel on aurait découpé le toit.

Cette Ranger a été prise au Woodward Avenue Dream Cruise à Detroit.

Un peu embrouillée la photo mais cette Ranger 1959 participait à un des Woodward Avenue Dream Cruise auxquels j’ai participé.

Une autre Edsel 1959, cette fois une familiale croquée aussi à Detroit.

Une réclame d’Edsel 1959

Cette berline Edsel Ranger 1960 appartenait, au moment de prendre la photo, à un monsieur Ferland de Saint-Norbert au Québec.

L’Edsel de M. Ferland est impeccable!

Une réclame d’Edsel 1960. Le modèle cabriolet ne fut produit qu’en 76 exemplaires et c’est l’Edsel la plus recherchée !

L’Edsel est disponible en miniature au 1/25e.

Cette photo trouvée sur Internet nous montre une Edsel 1959 ayant participé à une course dans le désert au Mexique il y a à peine quelques années.

La page couverture de cette publication mexicaine mettait en vedette une Edsel 1958 ayant participé à une course dans le désert de Baja.

Cette photo vient du livre «Caribbean Capers» de Joël Flynn. Elle montre une Edsel Pacer 1958 ayant gagné la course pour voitures de production précédant le Grand Prix de Cuba dans les rues de La Havane.

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Éric Descarries
Chroniqueur
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