L’intemporelle Ford GT

Malgré les affres du COVID-19, je tente de garder mon blogue hebdomadaire à jour. Il y a eu quelques occasions où j’ai dû sauter une semaine ou que j’aie dû retarder de quelques jours ce blogue mais depuis un peu plus de cinq ans, j’ai déménagé mon blogue d’un grand journal montréalais (pour cela, on peut remercier un «p’tit boss» qui a cru bon me retirer du site internet de cette importante publication parce qu’on voulait y placer quelqu’un qui était un employé permanent et…je vous fais grâce de mes doléances) pour le rendre indépendant. Il est désormais sur Adrenaline Auto Guides et, depuis quelques mois, sur 360 Nitro.tv. Chaque fois, j’y présente mes impressions de conduite d’une nouvelle voiture accompagné de certaines nouvelles, très souvent locales.

Malheureusement, comme je l’expliquais la semaine dernière, avec l’avènement du coronavirus, non seulement ai-je choisi de ne plus aller chercher ce qu’on appelle dans le métier des «voitures de presse» mais aussi, les grands constructeurs ont-ils décidé de les retirer de la circulation. Mais alors, compte tenu des circonstances actuelles, où aurais-je pu aller? Même que, depuis les derniers jours, on n’a même plus le droit de visiter plusieurs régions du Québec incluant celle où mon fils vit en Abitibi!

Toutefois, en remplacement de mes impressions de conduite, il reste que j’ai tout un bagage de connaissances et d’expériences que j’ai vécues en quelque 40 ans de métier. Qui plus est, j’ai aussi vécu une époque qui, je crois, ne reviendra plus jamais, celle des années soixante et soixante-dix que l’on célèbre encore aujourd’hui, ne serait-ce que par le mouvement des «muscle cars» qui ne semble pas s’amenuiser. En ce qui me concerne, au début des années soixante, je suis tombé amoureux des AC (ou Shelby) Cobra. J’avais à peine quinze ou seize ans. Et j’achetais déjà des tonnes de magazines et pas mal tout ce qui gravitait autour des Cobra (à partir de cet âge, j’ai toujours eu une petite «jobine» ou un deuxième job  pour satisfaire mes besoins de littérature automobile et de miniatures). Malgré le fait que j’ai toujours acheté Hot Rod Magazine (et je le fais toujours), un magazine de l’époque me fascinait encore plus, Sport Car Graphic (aujourd’hui disparu). Pourquoi? Parce qu’il y avait toujours des articles sur les Cobra. Et, éventuellement, les Cobra 260 puis 289 sont devenues des Cobra 427, des Cobra Daytona et, par extension, des Ford GT40.

Ai-je vraiment besoin de vous présenter la Ford GT40? Je ne pense pas. Surtout que, depuis le film Ford contre Ferrari (Ford v. Ferrari en anglais ou Le Mans 66 en Europe…je ne sais pas pourquoi ils en ont changé le titre), la Ford GT40 est revenue encore plus populaire que jamais. Avec le temps, la GT40 est devenue la Ford GT en 2005 (l’appellation GT40 appartient maintenant à un petit constructeur de répliques de GT40 qui l’a fait enregistrer à son nom) qui sera redessinée en 2015. Cette dernière sera utilisée par les équipes de course de Ford pour gagner (cette fois dans sa catégorie) les 24 Heures du Mans comme la marque l’avait fait en 1966.

Je pourrais vous raconter toute cette histoire mais je vais vous épargner cette épreuve. Mais, je dois vous dire, malgré ma passion pour les Cobra, les Ford GT ont continué d’occuper toute une place dans mes souvenirs. J’en ai tellement en miniatures.  Car, rendu au vénérable âge de 70 ans, si vous faites de petits calculs, j’avais 16 ans quand Ford a finalement battu Ferrari aux 24 Heures du Mans. Incidemment, je ne vous répéterai pas non plus ma déception de voir comment l’histoire a été déformée dans le film (elle est aussi tordue que celle du film «Jours de Tonnerre» ou «Days of Thunder» qui a complètement déformé l’industrie très spécialisée de construction de voitures NASCAR !). J’avais 16 ans et j’étais en compagnie d’amis italiens au Circuit du Mont-Tremblant quand nous avons appris la victoire de Ford au Mans. Bien entendu, on devine la déception de mes amis (avec les habituelles excuses de «on sait bien, Ford avec ses millions»…) qui ont dû attendre quelques années avant de comprendre que Ferrari espérait plus attirer Fiat (et ses millions)…enfin, ne repartons pas une autre polémique.

En 1966, les Ford GT40 gagnaient les 24 Heures du Mans. La silhouette de cette auto allait devenir légendaire. Notez qu’il pleuvait alors que dans le film Ford contre Ferrari, il faisait beau…

Trio of Ford GT40 Mk IIs traverse le fil d’arrivée Le Mans 1966

La Ford GT40 MKII en action…

1966 Le Mans Winning GT40 en action

Une photo rarement vue de l’étude de style de la Ford GT40 prise en 1963.

1963 Ford GT40 clay prototype

J’ai vu beaucoup de Ford GT dans ma vie mais il y a une quinzaine d’années, je faisais la connaissance d’un petit constructeur de Lanaudière qui allait devenir un grand ami, Michel Pigeon. La première fois que l’ai rencontré, ce fut à un salon de voitures sport et de course de Saint-Hyacinthe. Il y exposait une réplique étonnamment précise de Ford GT40 qu’il avait lui-même construite. Par la suite, je me suis rendu à son atelier de Sainte-Julienne pour y faire un article qui a paru dans La Presse (dans le temps où c’était publié en papier!).

Michel a longtemps construit des répliques de Cobra (plus d’une centaine). Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que je lui en commande une que j’ai toujours. Quant à notre amitié, elle tient toujours. D’ailleurs, Michel est la dernière personne que j’ai visitée avant d’accepter de demeurer chez nous en confinement. Depuis le grand incendie qui a ravagé son atelier il y a une dizaine d’années (ce qui a résulté en tout un imbroglio qui l’a presque  ruiné et forcé à terminer toutes ses opérations), Michel n’a construit que quelques voitures, une pratique qu’il a abandonnée commercialement. Toutefois, la dernière fois que je l’ai vu, il était à SE construire une nouvelle Ford GT40 ! En effet, même s’il possède une GT de 2005 (dont il se sert presque tous les jours, sauf en hiver), Michel est toujours mordu des GT40. Et la reproduction qu’il est à construire est destinée à la course automobile. 

Michel Pigeon est à se construire une réplique de Ford GT40. Ceux qui connaissent son habilité à travailler le métal, à souder des châssis et à fabriquer des voitures ne seront pas surpris des résultats à venir.

Crédit photo: Éric Descarries

Michel sait se construire des gabarits comme celui-ci. Les planches de contreplaqué devraient représenter l’intérieur des passages de roue de sa GT40. Ici, il est à mesurer l’espace que demandera le débattement de la suspension avant droite.

Crédit photo: Éric Descarries

Le problème, au Québec, c’est que les représentants de nos gouvernements s’acharnent sur les petits constructeurs locaux leur imposant des restrictions «sécuritaires» impossibles à respecter. Nous avons perdu de véritables talents qui, comme Roger Allard de Montréal, par exemple, ont du s’expatrier ou abandonner leur passion (Allard est désormais aux États-Unis où il construit de superbes répliques des voitures britanniques Allard des années cinquante). Demandez à Michel Pigeon ce que cela représente d’essayer de faire immatriculer une réplique de Cobra, de Daytona ou de GT 40 dans La Belle Province !

Le Montréalais Roger Allard a aussi construit d’incroyables répliques des Allard des années cinquante.

Crédit photo: Allard Registry

Michel est donc à se construire une voiture de course répliquant la GT40 des années soixante. Si vous achetez des magazines d’automobiles de souche britannique, vous allez y constater qu’il y a des dizaines de pilotes qui courent toujours en Ford GT dans les courses dites «Vintage». Toutes ne sont pas originales! D’ailleurs il existe un excellent livre signé Ronnie Spain qui a répertorié TOUTES les «vraies» Ford GT40 qui ont été produites par les sous-traitants de Ford…

Ce livre de l’expert Ronnie Spain décrit TOUTES les Ford GT40 qui ont été produites et ce, par numéro de série incluant même celle dans laquelle le Canadien Bob McLean s’est tué à Sebring en 1966. Difficile à trouver, j’en ai dégotté un d’un revendeur de livres usagés d’Angleterre à un peu moins de 100 $ ! En passant, il existe des publications récentes sur les GT40 mais elles ne sont pas aussi précises!

Michel a déjà aidé des amis à construire des répliques de Ford GT  dont au moins deux veulent les conduire en piste. Cela pourrait dire qu’on pourrait revoir des Ford GT sur circuit routier au pays avant longtemps…en autant que les prétentieux petits directeurs des quelques sanctions de course automobile acceptent les répliques. Si l’on se rapporte aux années soixante, une Ford GT, c’était cela, une voiture artisanale créée par des mordus de course automobile en Angleterre puis aux États-Unis! Un «hot-rod», quoi!

J’ai vu au moins deux autres répliques de Ford GT40 en construction au Québec dont une autre est destinée à la course.

Crédit photo: Éric Descarries

Celle-ci devrait se retrouver éventuellement sur la route…mais il ne sera pas facile de la faire immatriculer au Québec.

Crédit photo: Éric Descarries

Malheureusement, il sera plus difficile de faire comprendre aux dirigeants de niveau gouvernemental et surtout à leurs inspecteurs délégués (dont la majorité ne connaît rien aux autos) qu’une réplique faite à la main (bien souvent avec des améliorations qui la rendront encore plus sûre que l’originale) n’est pas un véhicule dangereux qui devrait passer d’interminables tests obligeant les petits constructeurs de leur ajouter des accessoires de sécurité qui n’existaient pas à l’époque de la production originale de ces voitures. Sur ce, j’en aurais long à raconter…

Avec le nombre de voitures de production qui ne procurent plus de plaisir de conduite, une reproduction comme celle de la Ford GT (ou de la Cobra, de la Daytona ou de l’Allard) est un des rêves des véritables amateurs de «vraies» voiture qui ne présentent aucune aide à la conduite. Et même si le prix oscille autour des 100 000 $, la réplique de Ford GT40 est plus attirante qu’une de ces voitures exotiques à plusieurs centaines milliers de dollars qui peuvent filer à plus de 300 km/h sans qu’on sache où l’on puisse le faire (ni même si l’on a vraiment les aptitudes pour le faire).

Ironiquement, alors que je commençais à écrire cet article, je recevais un courriel qui me disait que j’étais un des membres d’un Club d’admirateurs de Ford GT40 (Ford GT40 fan’s…notez la faute dans «fan`s»… il ne devrait pas y avoir d’apostrophe..). Je ne me souviens pas d’avoir rejoint ce groupe dont l’administrateur, Luis Asuna demeure en Argentine! Coïncidence?

Les Ford GT de 2005 ont été construites en grande quantité mais elles n’ont pas eu une carrière remarquable en course.

Crédit photo: Ford

Je n’ai jamais eu la chance de conduire une GT40, même pas une de celles que Michel a construites. Par contre, j’ai conduit la Ford GT 2005 et ce, avant bien du monde quand Ford du Canada m’avait invité à l’essayer au circuit de Shannonville en Ontario. C’était quand même il y a plusieurs années de cela mais je m’en souviens comme si c’était hier (qui plus est, Ford m’avait permis d’y amener Michel Pigeon vu qu’il était connu comme petit constructeur).

Il me serait difficile de vous transmettre mes impressions de conduite tellement l’auto était excitante. Ford y avait apporté deux exemplaires, une voiture blanche avec bandes bleues et une voiture bleu ciel avec les bandes orange rappelant l’équipe Gulf des années soixante. Le seul moteur disponible y était un V8 de 5,4 litres coiffé d’un compresseur mécanique Évidemment, la voiture était à boîte mécanique. Le moteur étant bien installé derrière l’habitacle, le son en était bien perceptible, surtout celui du compresseur. La seule place où nous avons eu le droit de conduire ces GT était sur le circuit routier de Shannonville. Nous étions toujours accompagnés d’un instructeur (pour qu’on ne perde pas…les pédales, bien entendu!). La voiture bleue «appartenait» alors à Al McCormick, un des dirigeants de Ford du Canada de l’époque et j’ai eu l’honneur de la «piloter» sur le circuit avec lui comme passager (instructeur). Rien pour briser des records, évidemment mais quand même suffisant pour comprendre que c’était alors une voiture aux performances et à la tenue de route remarquables. Oh! Elle avait certes des défauts. Il fallait un peu d’acrobaties pour y monter et une fois au volant, la visibilité y était limitée, surtout de l’arrière car, malgré la lunette, le compresseur du moteur bloquait la vue ! Mais c’était tout un «thrill» que de s’y retrouver au volant!

Le moteur semblait un peu rugueux et c’est compréhensible. Ce 5,4 litres nous venait de la gamme des camionnettes! En passant, ces moteurs de camion de Ford sont virtuellement indestructibles. On n’a qu’à se tourner vers le V6 EcoBoost qui propulse l’actuelle GT (construite au Canada chez Multimatic de Markham en Onatrio). On le retrouve aussi sous le capot des F-150!

L’actuelle Ford GT 2020 dans sa toute nouvelle livrée.

Crédit photo: Ford

Ford propose même une version personnalisée nous rappelant la livrée des Ford GT40 aux couleurs de Gulf Racing.

Crédit photo: Ford

Malgré son évolution, la Ford GT a toujours conservé son nez au design caractéristique, même s’il a été adapté aux besoins d’aujourd’hui. C’est peut-être ce qui fait que la Ford GT est intemporelle…

Bye bye Salons…

Au moment d’écrire ces lignes, on apprenait que le Salon de Paris (le Mondial) qui devait se tenir en septembre prochain était annulé. Quelques jours plus tôt, c’était l’annonce que celui de Detroit qui devait se tenir pour la première fois en juin était, lui, reporté à…juin 2021! Celui de New York auquel je devais me rendre la semaine prochaine a été remis en août prochain…si tout va bien!

Déjà que les Salons de l’auto un peu partout dans le monde commençaient à perdre de leur lustre (celui de Genève a été annulé tout simplement par manque d’intérêt des constructeurs qui ne voulaient plus s’y présenter)…se pourrait-il que le dernier Salon que j’aurai visité aurait été celui de Montréal en janvier dernier? J’espère que non…

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Éric Descarries
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