Daphné Hébert: les yeux rivés sur le top 5.

Crédit photo : Pierre Chamberland

Depuis la fin de la piste de Chibougamau, au milieu des années 80, je n’ai plus réellement été en contact avec les courses sur terre battue. Chose surprenante, mais étant donné mon jeune âge et du fait que j’étais dans une région éloignée, j’étais coupé un peu du monde extérieur. Granby, Drummondville, Saint-Marcel-de-Richelieu ou encore Cornwall n’étaient aucunement dans mon vocabulaire. J’ignorais totalement l’existence de toutes ces pistes qui, pourtant, portent le sport à bout de bras depuis de nombreuses années. La piste ontarienne va entamer sa 55e saison. La F1 du Dirt Track va débuter ses activités pour la 73e année. L’Autodrome Granby est en opération depuis le début des années 60 alors que le «Short Track Spectaculaire» œuvre depuis 2010. Je dois m’incliner devant tous les efforts que font les différents promoteurs pour garder bien vivantes les courses sur terre battue. À travers les années, plusieurs pilotes y ont laissé leur trace et ont leurs noms dans le livre des records. Des victoires inoubliables, des remontées du tonnerre ou encore des batailles de tous les instants, sont aux nombres des moments qui nous font passer d’excellentes soirées.

         Avec le temps, à travers mes photos, je vois grandir les pilotes. Comme je garde tous ces souvenirs très précieusement, je trouve ça d’une richesse incroyable que de voir l’évolution d’une pilote sous mes yeux. Il me paraît évident que la petite fille qui jouait dans la bouette et qui voyait son père gagner plusieurs championnats allait, sans dire obligatoirement, développer une attirance envers la course sur terre battue et devenir une pilote de course à son tour. Dans le cas qui nous intéresse, elle a suivi les traces du paternel et consacre 110% de ses fins de semaine à la préparation de sa voiture. Je l’ai découverte en Slingshot avec son bolide ONE orange et la voilà maintenant à bord d’une voiture sportsman. Daphné Hébert va y amorcer sa deuxième saison et je voulais avoir ses premières impressions sur sa saison recrue et quels vont être ses objectifs pour celle qui va débuter dans quelques semaines. ONE, deux, trois, go… On part!

         J’ai évidemment modifié mon approche par rapport à la première fois pour éviter d’en faire un copier-coller. Ça été une super de belle discussion avec celle que l’on devra avoir à l’œil dans les prochaines semaines. Malgré le fait qu’elle y faisait ses premiers tours de piste l’an dernier, on voyait une nette progression chez elle, à chaque course où elle prenait le départ. Elle s’est éloignée des épreuves de consolation plus la saison avançait. Ça lui a certainement fait dire que ça avait été au-delà de ses attentes:

«Ça s’est vraiment mieux passé à ce que je m’attendais. Au départ, je ne visais pas mes objectifs trop hauts. Mon but était des tops 15 à 20 (au milieu du peloton), mais finalement, tout au long de la saison, je me suis plus tenue dans le top 10-12. Donc, j’étais vraiment fière de moi. Je ne crois pas que j’aurais pu avoir une meilleure saison. J’ai appris, je me suis améliorée, j’ai pris de la confiance, j’ai performé et surtout j’ai eu du plaisir».

C’était effectivement très impressionnant de la regarder se frayer un chemin parmi les meilleurs de son sport. Elle ne donnait pas du tout sa place et s’affirmait être une pilote dure à jouer contre. C’est certain que l’on ne peut pas prévoir ce qui va arriver en piste, mais force est d’admettre qu’elle aura assurément les yeux sur le top 5 à la fin de la prochaine saison. Peut-être même sur une victoire en cours de route. Qui sait!

        

Il me paraît évident, sans rien lui enlever, que seul le talent peut faire toute la différence. Certes qu’elle a son bout de chemin à parcourir pour arriver à ses fins, mais il en faut un peu plus pour connaître une ascension fulgurante comme elle a connu. Les bonnes performances se sont accumulées au point d’être dans les points au championnat pour le titre de recrue de l’année. Il n’en fallait pas plus pour se prouver à elle-même qu’elle pouvait «compétitionner» avec n’importe qui dans sa catégorie:

«Je pense qu’au début, mon équipe et les gens autour de moi n’osaient pas trop me challenger et me pousser, par peur que ça me rajoute plus de pression, que j’ai déjà, à cause de mon nom de famille. Mais je suis quelqu’un qui marche sous pression. Et, tranquillement, plus la saison avançait plus les gens autour de moi me challengeaient, plus j’avais le goût de performer en voyant que j’étais dans les points pour le championnat recrue ou la coupe Médrick Marion. Ensuite, il y a eu le décès de Serge, ça m’a donné la volonté de le rendre fier, ma deuxième position. Bref, avec la série d’événements qu’il y a eus, ça m’a donné confiance en moi et je crois que c’est ce qui explique cette ascension».

Chose certaine, je ne voudrais pas être le pilote qui se mettra dans son chemin parce qu’elle ne se gênera pas pour vous donner une petite leçon de pilotage.

         En portant le nom de Hébert, ça vient forcément avec une pression supplémentaire de bien «performer» sur la piste. Je présume que de toujours devoir prouver à tout le monde qu’elle pouvait conduire une voiture de course l’a certainement retardée dans l’obtention de bons résultats. Cela dit, une fois que les autres pilotes ont compris qu’elle savait comment piloter, elle a pu se concentrer uniquement à faire ça et non démontrer qu’elle devait faire sa place. Le succès est venu spontanément par la suite:

«Je pense qu’en prouvant de quoi j’étais capable, j’ai pris ma place et ça m’a enlevé un certain stress de toujours devoir me prouver. Premièrement, parce que je suis une fille, mais aussi parce que mon père est l’un des plus grands champions en modifié. Donc, oui je crois que les résultats sont arrivés naturellement, car je gagnais de la confiance et les gens ont commencé à croire en moi».

Je n’ose pas imaginer toute l’attention qui est portée sur elle dès qu’elle embarque sur la piste. Avec l’évolution qu’elle connaît depuis quelques années, il est facile de penser qu’elle s’en sert comme une source de motivation additionnelle pour exceller dans ce qu’elle aime le plus au monde.

         Malgré tout ce poids sur les épaules en raison de son nom de famille, elle a prouvé à tout le monde que ce n’était pas un accident de parcours que de la voir en course automobile.

«Mettons que ça me rajoute un stress de plus parce que j’ai plus d’attente envers moi-même à cause du succès de mon père et, en même temps, je ne veux pas décevoir. Je sais que j’ai derrière moi l’une des équipes les plus compétitives au Québec. Donc, oui j’ai une pression de bien paraître et bien performer pour ne pas leur faire honte. Ça a son positif comme son négatif. Ça me challenge à me surpasser mais, en même temps, ça me rajoute une angoisse que d’autres n’ont pas et ne comprennent pas» renchérissait Daphné sur la réalité qui l’entoure quand elle est assise derrière le volant. Elle parvient visiblement à très bien «dealer» avec tout ça parce qu’elle n’a fait que monter dans les classements.

        

Au travail, on veut bien faire les choses dans le but de gravir les échelons et ainsi devenir le meilleur employé possible.  Dans la passion qui nous anime, c’est exactement la même chose. Après avoir connu du succès en Slingshot, elle se devait de passer à la vitesse supérieure. Une année recrue en Sportsman remplie de belles promesses. Je voulais savoir la plus grosse adaptation où elle a dû faire face, en passant d’un petit bolide à une grosse voiture. Le fait qu’il y a plus d’une trajectoire de course possible pour se frayer un chemin dans le peloton a figuré au-dessus de la liste:

«Je pense que la plus grosse adaptation a été qu’en slingshot, ça beaucoup été du «Bump to pass». J’ai coursé durant une saison où nous étions beaucoup de voitures de différents niveaux et les courses n’étaient pas toujours «clean». De plus, nous avions souvent qu’une seule ligne de course. Donc, je crois que la première adaptation a été de comprendre les différentes lignes de course».

Comme Daphné me le mentionnait en poursuivant notre discussion, le coût relié aux réparations, si tu t’accroches, est nettement plus élevé et le  danger, qui est plus présent, sont deux nouvelles réalités où elle doit faire face quand elle embarque dans son bolide sportsman.

         Maintenant que son baptême en Sportsman est chose du passé, elle doit continuer d’aller de l’avant et poursuivre sur sa belle lancée de la dernière saison. D’autres défis, d’autres réalisations vont s’imposer pour la pilote du ONE. Je vais y revenir plus en détails, mais de devoir accorder un peu plus de crédit aux conseils de son père est sans contredit le défi numéro un:

«Premier gros défi, écouter plus les conseils de mon père (rire). Sinon, ça va être de garder la belle ascension que j’ai eue la saison dernière. Donc, d’autres tops 5, podium… et peut-être une victoire en régulier».

Elle ne manque définitivement pas d’ambition et de cran pour s’affirmer comme une pilote à battre quand la saison sera lancée le 3 mai prochain. Comme vous avez pu le constater, la confiance est le mot qui est revenu le plus souvent dans son vocabulaire lors de la saison 2023. J’ai juste trop hâte de la voir livrer la marchandise encore plus.

         Comme elle est rendue à un autre niveau en termes de performance, toute la préparation requise pour arriver à son but ultime a complètement changé. À lire entre les lignes, je comprends qu’elle s’impose elle-même toute cette pression là sur les épaules. En bout de ligne, c’est Daphné Hébert qui va en bénéficier le plus et personne d’autres. Avec le titre de recrue de l’année qui était à sa portée, il devient difficile de lui en vouloir.

«La préparation de la voiture non, mais la préparation mentale change un peu. Je pars avec un peu plus d’attente et, depuis que nous sommes dans la saison-off, je regarde en boucle mes bonnes performances de la dernière saison et les courses de mon père pour rester dedans et regarder mes erreurs et mes bons coups».

         On ne se le cachera pas, avec une équipe aussi prestigieuse et un père qui est toujours au sommet de son art, elle ne peut pas tasser du revers de la main les conseils de son équipe. Je trouve ça très audacieux de sa part de vouloir, sans dire confronter son père, mais de tracer son propre chemin. Qu’est-ce qui l’incite d’adopter cette manière de penser ?:

«Parce que je suis une personne orgueilleuse et même si je sais que mon père est clairement la meilleure personne pour me donner des conseils, des fois, j’aime mieux faire mes propres expériences et essayer des choses que de toujours me faire guider».

Je ne pense aucunement déceler la moindre parcelle d’arrogance dans ses propos, mais simplement quelqu’un qui a développé sa propre façon de faire et nous sommes en droit de penser qu’elle a tous les arguments dans son camp pour agir de la sorte. Il n’en tient qu’à elle maintenant de le prouver à nouveau sur la piste.

         Un moment, qui est propre à chacun, est celui où les pilotes prennent une micro seconde pour se dire: relaxe, ça va bien se passer. Plus facile à dire qu’à faire, vous allez me dire, mais je présume que c’est l’instant où rien ne peut les déranger. Pour la pilote du ONE, il est primordial de relâcher la pression et de se détendre:

«Personnellement, je prends le temps de respirer et analyser qui sont les pilotes qui se trouvent devant moi. Je pense aux conseils que mon père et mon équipe m’ont donnés avant d’embarquer et je relaxe».

Je la trouve très courageuse, non seulement d’être assise derrière son volant pour courser avec des gars, mais d’être aussi calme avant une finale, alors que dans les faits, elle doit avoir le sang chaud comme ce n’est pas possible à l’intérieur. Je ne sais pas comment elle fait pour ne rien laisser transparaître.

         David doit être ultra présent à ses côtés pendant une fin de semaine de course. Comme elle aime prendre ses propres décisions en piste, je me questionnais sur la relation qu’elle entretient avec son père dans la vie de tous les jours. Est-ce que ça change la dynamique au point d’être tendue ou ça les rapproche? À en croire Daphné, malgré l’aspect compétitif, elle s’est même renforcée:

«Nous avons autant une très belle relation père-fille qu’une relation frère et sœur. Nous avons nos hauts comme nos bas. Je crois que les courses nous ont rapprochés, mais ça nous a aussi ajouté un petit aspect compétitif à notre relation. Nous nous challengeons, et niaisons comme des enfants».

         Daphné doit être dans sa bulle pour être hyper concentrée sur ce qu’elle a à faire quelques minutes avant le lancement de la course.

«Je prépare tout mon équipement placé en ordre avant d’embarquer dans ma voiture et quand je suis attachée et prête à partir, tous les membres de mon équipe me font un poing» me détaillait Daphné sur le petit rituel, la petite routine d’avant-course qu’elle a pour l’aider à être doublement «focussée». Je me réserve le droit, avec l’approbation de Daphné bien sûr, de sacrifier une finale pendant la saison pour être présent pour ce moment unique. Je vais toujours me considérer extrêmement chanceux d’avoir le privilège que de pouvoir assister à de tels moments.

         Le 29 juillet dernier, au RPM Speedway, nous avons assister à un très beau moment alors que Sébastien Gougeon a réalisé un souhait de longue date en venant courser contre son fils Raphaël. Dans le meilleur des mondes, est-ce que c’est un souhait réalisable que de voir David descendre de catégorie pour courser contre sa fille ? «C’est un de mes rêves mettons haha. Donc, j’espère!». Moi aussi je l’espère et compte sur moi pour amener mon kodak et prendre des photos pour l’immortaliser.

Un autre texte de complété! J’ai eu un plaisir fou, encore une fois, de jaser course avec Daphné. Je crois que je suis allé un peu plus dans l’intimité de cette dernière pour tenter de comprendre comment elle réagissait à toute cette pression qui est exercée sur elle. Non seulement en raison de son nom de famille, mais aussi en raison de la réputation qui précède le paternel. Elle sera assurément à surveiller en 2024 en raison de belles réalisations réussies lors de sa saison recrue.

Bonne chance et bonne saison!

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