Roxanne Roy: la passion d’une battante

Crédit photo : Pierre Chamberland

Je gravite autour de la course automobile depuis belle lurette. Depuis que je suis tout petit, elle occupe une grosse part dans les discussions familiales. Dans mes souvenirs d’un petit garçon de 5 ans, j’ai vu évoluer la piste de Chibougamau. C’est monsieur et madame tout le monde, qui avait une certaine passion pour la mécanique automobile et qui possédait une vieille bagnole dans le fond de sa cour, que l’on voyait sur la piste. La conjointe du monsieur, qui voulait y participer, prenait le volant et le tour était joué. Elles n’étaient pas beaucoup, mais une place leur était réservée. Je n’ai pas vu ce nombre baisser au fil des années. Elles prennent de plus en plus de place dans le sport et leur performance n’est pas à dénigrer. Elles ont leur parcours bien à elles et peuvent parfois même donner des leçons aux autres.

C’est le cas de Roxanne Roy. Je l’ai vue rouler pour la première fois à Saint-Guillaume. Elle aidait beaucoup pour la mécanique de son père et j’ai eu la chance de la voir faire quelques tours de piste. Une belle conversation avec celle qui porte les deux chapeaux: celui de pilote de course et celui de mécano et qui a, depuis maintenant deux ans, sa propre voiture de course. En 2025, on a vu le peloton Pro Stock augmenter de course en course et de nouveaux visages ont fait le saut dans la catégorie.

         Avec son copain, qui course aux États-Unis dans la série ARCA de Nascar, son emploi du temps est très chargé. Je suis bien content d’avoir pu lui piquer un brin de «jasette» sur la saison qui vient de se passer. On ne se le cachera pas mais d’avoir une nouvelle voiture entre les mains demande une certaine adaptation et les résultats se font souvent attendre. Il faut apprivoiser le bolide et voir comment il se comporte mais, pour Roxanne, ça été le meilleur moyen pour emmagasiner du millage: «Les courses se passent bien pour moi. Un peu déçue cette année. J’aurais aimé avoir de meilleurs résultats, mais c’est comme ça. C’est vraiment ma 2e saison complète. Donc, l’expérience rentre. De plus, j’ai une voiture complètement différente cette année, je suis passée de lame à coil».

De ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux, elle s’est fort bien tirée d’affaire. Elle s’est retrouvée dans de fâcheuses positions à l’occasion, mais force est d’admettre qu’elle a fait preuve de résilience puisqu’elle a terminé la saison avec une belle énergie.

         En plus de conduire une voiture de course, elle doit se salir les mains pour la réparer et la mettre «on point» pour la saison. Elle a une relation très étroite avec son père qui gravite dans le monde du stock-car depuis plusieurs années. Sans dire qu’il est une bouée de sauvetage quand elle ne trouve pas le problème, elle sait qu’elle peut compter sur lui et le téléphone n’est jamais bien loin: «Pour la partie mécano, je me débrouille pas mal. J’ai appris beaucoup de mon père au fil des années et j’en apprends encore beaucoup. Surtout au niveau set up. Je ne connais pas tout. Ça m’arrive encore souvent d’appeler le père pour des conseils et de l’aide. haha».

La complicité avec le paternel semble être très solide même s’ils sont toujours en compétition l’un contre l’autre: « Mon père et moi, on est très proches, même avec ma mère. Je dirais que les courses nous ont rapprochés encore plus. Nous partageons la même passion. Donc, nous en avons des choses à parler. hahaha». Je reviens à ça souvent, mais les souvenirs qu’elle est en train de créer valent tout l’or au monde. Même s’ils ne sont pas d’accord sur la pression d’air à mettre sur le pneu avant gauche ou qu’elle sert trop la vis sur la suspension, ces moments-là dans le garage jusqu’aux petites heures du matin à réparer la voiture vont rester gravés à jamais dans leur mémoire.

         Il n’existe pas de chemin tracé d’avance pour les pilotes pour se rendre au sommet. Il n’y a pas de voie facile pour se frayer un chemin parmi l’élite du sport, mais disons que de passer par les petites classes doit certainement en faciliter le développement. Tu as le temps de te familiariser avec la terre battue. Je présume que de commencer directement avec les Pro Stock, ce sont de grosses chaussures à chausser pour commencer sa carrière en course automobile. Je ne connais pas la feuille de route de Jocelyn en stock-car, mais si Roxanne n’a connu que ces gros bolides, le choix était facile à faire au début pour une carrière souhaitée: «J’adore la classe! J’ai grandi dans cette classe-là. Je ne suis pas une fille d’open wheel. J’adore les classes qui ressemblent à des vrais chars hahaha! Pro Stock, c’est ma classe! Les seules autres classes qui m’intéressent vraiment sont Dirt Late Model ou ARCA».

Comme je le mentionnais plus tôt, elle n’a rien à envier à personne quant à sa présence sur la piste. Elle fait son petit bonhomme de chemin et les autres n’ont qu’à se tasser du chemin si elle est trop rapide pour eux. Ils n’ont qu’à devenir plus combatifs et nous voilà avec un spectacle endiablé et de bonnes courses.

         Les femmes sont de plus en plus présentes sur les différents circuits de course. Elles ne sont plus là par simple présence, mais sont dans l’équation pour une place en finale. Celui ou celle qui prétend s’être fait voler une place en finale parce que seulement 28 sont pris au lieu de 30, ils n’ont qu’à redoubler d’efforts pour revenir à l’avant plan. Cependant, certains poussent un peu trop loin en y allant de commentaires désobligeants à leur endroit. Il y a de quoi compliquer ou freiner le développement d’une pilote. Je vois d’un bon œil l’ajout d’une pilote comme Roxanne parce que les pilotes Pro Stock sont les premiers à aller la voir et lui donner des conseils: «Pour l’instant, je suis chanceuse, j’imagine. Je n’ai jamais eu affaire à ce genre de commentaires et honnêtement, ils ne me dérangeraient pas trop. J’me dis que ce n’est que du monde jaloux lol. Mais, je n’ai que des commentaires positifs. Même des pilotes de ma catégorie m’aident, me donnent des trucs, m’encouragent dans ma progression etc. Je suis bien choyée».

Cette camaraderie au sein des pilotes me fait dire qu’elle est appréciée du groupe. Elle fait simplement sa place et s’améliore de course en course. Elle me mentionnait également qu’elle passe beaucoup de temps avec son mari sur leur propre voiture, voitures de course ou encore les voitures antiques, rien n’est laissé au hasard.

         Une fois que la saison estivale est chose du passé, les équipes de course sont déjà sur la planche à dessin afin de trouver des solutions aux problèmes qu’ils ont connus en cours de route. La voiture est démontée complètement pour la rebâtir. Il faut forcément être hypnotisé par sa passion pour s’y consacrer à plein temps. Les relations personnelles que l’on peut développer au fil du temps sont quelque chose d’important aux yeux de Roxanne pour prendre le volant à chaque week-end: «L’adrénaline! La vitesse! Le cassage de tête de set up! La mécanique qui vient avec. Les amis créés aux courses. Surtout passer du temps et apprendre de mon père et de mon mari».

Chacun bâtit sa propre histoire. On doit faire tout en son possible pour que les souvenirs et les bons moments restent imprégnés à jamais dans notre mémoire: «Courser contre mon père, c’est une fierté pour moi. Je me rends compte que j’ai énormément de chance de pouvoir faire ça».

Elle vit la passion des courses de stock-car à 200 milles à l’heure avec son père. Que ce soit sur la piste, dans le garage ou encore autour de la table pour un bon souper du dimanche, je ne suis pas du tout surpris qu’elle soit autant investie dans le sport.

         Je ne dirais pas que c’est une tendance, mais les pilotes ont ce petit moment bien à eux pour remettre le compteur à zéro pour pouvoir mieux repartir quand vient le temps de mettre la pédale au plancher. Tu peux avoir une pensée pour un proche décédé dernièrement, faire la course de ta vie dans ta tête ou encore faire le Notre-Père, mais chaque façon trouve sa raison d’être: «Moi, à chaque fois que je suis sur la fausse grille, c’est une affaire que je fais à chaque course. La petite prière du chauffeur que l’on a, je me ferme les yeux pis je me la dis dans ma tête. Pis, une fois que ma prière est faite, j’me rouvre les yeux pis j’me dis…bon, ok, là, je focusse pis il faut que j’évite des accidents parce que cette année, je ne sais pas, on dirait…les gars sont ben kamikazes. J’évite les accidents et ben souvent, ça joue en ma faveur».

C’est admirable de voir que chacune d’entre vous êtes capables de trouver la façon d’amener la concentration nécessaire pour la course qui s’en vient. Vous êtes faites fortes et votre place n’est plus à définir dans un sport majoritairement masculin.

        

Roxanne n’a plus à défendre sa place simplement parce qu’elle est une femme. Elle fait partie du peloton et ça finit là. Non seulement elle est capable de se défendre, mais également capable de remettre les gars à leur place quand c’est nécessaire: «Non, j’ai pas vraiment cette impression-là. J’te dirais que les gars de ma classe, comme j’ai mentionné, autant du côté américain que du côté canadien, sont ben corrects honnêtement avec moi. Cette année, ça brasse un peu parce que je marche un peu plus. La compétition est plus forte, mais rien de vraiment pas correct. Tsé, mettons qu’il y en a un qui me fait de quoi de pas correct, ben j’me gêne pas pour y remettre pis, après ça, on se parle pis c’est tout. J’ai déjà eu des commentaires comme quoi ils étaient contents que je ne me laisse pas faire, que je ne me laisse pas manger la laine sur le dos. Non, je dirais que je n’ai pas l’impression qu’il faut que j’prouve des affaires juste parce que je suis une fille. J’pense qu’ils me traitent tous de la même manière qu’ils se traitent entre eux».

Je dois m’incliner devant sa force de caractère de ne pas se laisser intimider par les autres pilotes. Je crois simplement qu’elle impose le respect qu’elle mérite.

         Les courses automobiles sont un véritable mode de vie. Elles monopolisent beaucoup l’emploi du temps et les activités sociales, qui peuvent permettre de se changer les idées à l’occasion, sont mises de côté. Quand vient le temps de changer de vie, est-ce qu’il faut devenir automatiquement une autre personne ou on peut demeurer la même ?  Même si elle doit obligatoirement y apporter quelques changements dans sa vie personnelle, les courses vont toujours demeurer au cœur de sa vie: «J’te dirais que ça m’a appris pas mal la patience et beaucoup d’autonomie aussi. Sean course ben gros en Nascar, alors il ne peut pas toujours être là pour mes courses. Ces semaines-là, où il se prépare pour ses courses, je suis pas mal toute seule dans le garage. Je m’arrange pas mal toute seule. J’te dirais que je vais aux courses toute seule. Il faut que je sois autonome. Il faut que je m’arrange pas mal. Quand je descends au Québec, oui y’a l’équipe à papa qui m’aide, mais y reste que je suis toute seule en général. J’te dirais l’autonomie, le fun aussi. C’est vraiment le fun aussi, je ne peux pas te le cacher. C’est sûr que lorsque ça va mal, la joie prend le bord assez vite mais, après ça, on reste là la semaine pis la joie revient».

Ça me surprendra toujours de voir une pilote faire abstraction de tout ce qui se passe autour d’elleet foncer dans le tas. Roxanne y va de bonnes performances en bonnes performances et commence à faire beaucoup de bruit chez les Pro Stock.

           Plus la saison avançait, Roxanne faisait bonne figure. Les accidents ont miné quelque peu son moral, mais elle a continué d’avancer et son nom a commencé à être nommé un peu plus souvent. Les pilotes apportent les courses à la maison et le contraire l’est tout autant. Comme le bolide #48 se retrouve à l’avant plan plus souvent, Roxanne a dû apporter quelques correctifs à sa conduite pour éviter le mur le plus souvent possible: «Ça me prend aussi les réflexes. Surtout cette année, en marchant plus, tu es plus dans le nid de guêpes tout le temps. Y’a souvent des accidents autour de toi. Il faut vraiment que tu sois allumée. Cette année, j’ai de la misère à être allumée. Je suis tout le temps pognée dans les accidents des autres. Mais tu vois, à Lebanon Valley, c’est la track où il faut que tu aies les yeux ouverts vraiment parce que quand ça fesse, ton char est scrap. C’est un ou l’autre! L’année passée, ça fessé pis le différentiel a sorti dedans le cul du char. Je commence à apprendre un peu plus les réflexes plus rapides. Lebanon, je suis partie creux. Je suis partie quasiment 28 pis j’ai fini 12. J’étais ben contente. Ça super bien été. J’ai évité tout le carnage qui s’est passé sur la track».

On voit clairement qu’elle est beaucoup plus à l’aise derrière le volant de sa voiture et les résultats commencent à entrer. Les accidents font partie des courses et personne ne peut y échapper. Roxanne est simplement sortie plus forte de sa mauvaise passe et la voilà une compétitrice redoutable.

         Je me suis laissé tenter, même si je me doute de la réponse. Comme Roxanne me le mentionnait, non seulement la série ARCA de son mari prend pas mal de leur temps, ils sont propriétaires d’une équipe de course en Caroline du Nord. Si on ajoute à ça sa propre saison de course, je vous laisse deviner la suite. Il ne reste plus grand-chose pour le reste: «Je vais te faire un résumé vite vite de notre vie. Si on ne course pas en Pro Stock, c’est parce qu’on course en ARCA. Si on ne course pas en ARCA, c’est parce qu’on course en autobus scolaire à Lebanon Valley ou à Middletown. Si on ne course pas, on travaille dans le garage sur nos affaires. Si on n’est pas dans le garage, c’est qu’on s’est trouvé une exposition de chars antiques où aller».

Par-dessus tout ça, ils doivent faire du travail agricole parce qu’ils ont une ferme à s’occuper. Une vie bien remplie pour Roxanne et toute son équipe.

         Voilà pour la 38e histoire. J’espère la revoir plus souvent sur les pistes du Québec la saison prochaine. Elle s’amène dans les discussions et les autres pilotes sont visiblement très contents de voir de nouveaux visages dans le portrait. Je ne pense pas que ce soit le genre de personne à se laisser marcher sur les pieds. Elle est très capable de se défendre en dehors et sur la piste. C’est une classe qui est visiblement en très bonne santé. Les inscriptions sont en hausse et on a droit à de bonnes courses. Il y a forcément du brasse camarade sur la piste quand il y a entre 25 et 30 voitures, mais pour quelqu’un comme moi qui aime quand les tôles se touchent à l’occasion, j’y trouve mon compte. Je ne souhaite pas d’accident à Roxanne évidemment, mais comme vous avez pu constater, elle a su peaufiner ses réflexes et éviter les contacts sur la piste.

Bonne saison

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