La fin d’une époque !

Crédit photo : François Richard

Je ne vous cacherai pas que le départ à la retraite de Kevin Harvick me fait un petit pincement au cœur. Le 5 novembre prochain sera la dernière course pour Harvick et son 826e départ en carrière dans la série reine du NASCAR. Au moment d’écrire ce texte, Harvick cumule un impressionnant total de 60 victoires en 23 saisons en plus d’avoir ajouté 251 tops 5 et 443 tops 10. C’est donc dire qu’il aura terminé (et ce peu importe le résultat des épreuves restantes) dans le top 10 dans plus de 53% des duels auxquels il a participé. En bon français, si ce n’est pas de la constance, je me demande bien ce que c’est !

Avant d’arriver en CUP

Kevin fit sa première apparition officielle en 1995 à l’âge de 19 dans la série des camionnettes. Il prit le départ en 27e position sur le « Mesa Marin Raceway » pour terminer à cette même position au volant du bolide numéro 72, propriété de Mike Harvick son paternel.

Sa première saison à temps dans la série « Craftman » fut en 1998 alors qu’il prit part à 26 des 27 courses présentées. Même s’il n’a pas fait acte de présence dans le cercle des vainqueurs, il a cumulé 3 tops 5 et 5 tops 10 au volant d’une camionnette préparée par l’équipe « Spears Manufacturing ». En 1999, il prit part à l’ensemble des 25 courses de cette série en alignant 6 tops 5 et 11 tops 10, il était alors âgé de 23 ans.

En 2000, à l’âge de 24 ans, il fit le saut dans la série Xfinity (Busch Grand National à cette époque) en participant à 31 des 32 courses présentées au volant de la voiture 2 aux couleurs de « AC Delco », propriété de Richard Childress Racing.

Rien ne laissait présager, à cette époque, que le jeune pilote originaire de Bakersfield en Californie connaîtrait la carrière qu’il a eue.

Un évènement inattendu

Il y a certains évènements survenus dans le passé pour lesquels on se rappelle ce que l’on faisait cette journée-là. Comme par exemple, le décès d’Elvis, l’accident de Gilles Villeneuve ou encore le 11 septembre. Pour une grande majorité des amateurs de NASCAR, ceux-ci se rappelleront à jamais le 18 février 2001. Une date qui allait à jamais changer l’histoire de la discipline, mais aussi le reste de la carrière du jeune Kevin Harvick.

Le décès tragique de Dale Earnhardt lors du Daytona 500 de 2001 remporté par Michael Waltrip allait marquer le début du reste de la carrière de Harvick. Cette année-là, il était titulaire, tout comme l’année précédente, du volant de la voiture 2 dans la série Busch Gran National. En 2000, il avait d’ailleurs terminé troisième au classement général (3 victoires, 8 tops 5 et 16 tops 10).

Le 26 février 2001 fut la première course en CUP à Rockingham pour Harvick au volant de la légendaire Chevrolet 29 aux couleurs de GM Goodwrech. Cette saison-là, Harvick a pris part à 69 épreuves (35 en Cup, 33 en Bush Grand National et 1 en série Craftman). Il est clair que plus un pilote fait des tours, plus il prend de l’expérience et s’améliore. L’année 2001 a tracé ce que Harvick allait être par la suite.

Le second fait saillant de 2001 fut, sans aucun doute, la toute première victoire de Harvick à Atlanta à sa troisième épreuve en carrière en CUP. Les amateurs se rappelleront de Harvick qui avait sorti le bras de sa voiture en levant trois doigts dans les airs pour rendre hommage à Earnhardt disparu tragiquement quelques semaines auparavant. Ce fut la première de ses deux victoires lors de cette saison.

Pendant qu’il faisait ses classes lors de sa première année en CUP, Harvick allait connaître un tour du tonnerre en Busch Grand National en décrochant le titre avec 5 victoires, 20 tops 5 et 24 tops 10 en 33 départs. 

En 2006, Harvick remporte son deuxième championnat en « Busch series » avec, tenez-vous bien, : 9 victoires, 23 tops 5 et 32 tops 10 en 35 courses. Ce fut la dernière saison à temps plein dans cette série pour Harvick. En 2007, Il remporta l’épreuve inaugurale du Daytona 500. Cette victoire fut la dernière avant une période noire durant laquelle il ne visita pas le cercle des vainqueurs avant 2010.

En 2010 et 2011, il prit le troisième rang au classement général. En 2014, il fit le saut chez Stewart Haas Racing pour prendre le volant de la voiture numéro 4 qu’il pilote encore aujourd’hui. Un changement d’air qui fut profitable puisque Kevin décrocha son seul et unique championnat avec 5 victoires, 14 tops 5 et 20 tops 10 en plus d’avoir pris le départ 8 fois de la pole position. Jusqu’à la saison 2020, sa pire position au classement de fin de saison fut cinquième. Cependant, 2022 et 2023 ont été plus difficiles pour le vétéran.

That’s racing man

En 2018, je me rendis pour la première fois à Loudon au New Hampshire pour couvrir directement sur place le NASCAR. Je ne connaissais pas trop les airs de la place. Cette année-là, Harvick visita le cercle des vainqueurs avec une manœuvre (on va dire particulière) pour prendre la tête devant Kyle Busch.

Après les célébrations d’après course, j’assistai dans la salle de presse à la période des questions avec le gratin journalistique américain du NASCAR. C’est-à-dire que j’étais assis entre un journaliste de Fox et un autre de ESPN. Un de mes voisins posa une question et Harvick se servit de moi pour faire une blague histoire de faire rire le plateau. Étant bon joueur, et surtout pas très bilingue, je n’avais pas saisi l’ensemble de la discussion.

Une fois la conférence de presse terminée, Harvick se dirigea vers moi pour me demander ce que j’avais pensé de la course. Je dois vous dire bien humblement que j’ai comme figé. Je lui ai alors dit dans un anglais très mal conjugué que son dépassement sur Busch était limite. C’est alors que Harvick me répondit une phrase que je vais me rappeler toute ma vie : « That’s racing man, see you next year ». Le tout en me serrant la main avant de quitter.

Je ne sais pas trop pourquoi Harvick a découvert que c’était la seule course que j’allais couvrir sur place cette année-là. Sérieusement, c’était facile à voir ! N’empêche qu’il avait pris quelques instants à la fin pour venir me voir alors que je n’étais pas, disons, dans la même catégorie que l’ensemble des individus présents dans la salle.

J’ai recroisé Harvick l’année d’après et il ne m’a pas reconnu. Dans le fond, ça ne m’a pas vraiment déçu, car l’année précédente, j’avais eu la chance de vivre un moment incroyable.

En conclusion

Les amateurs de Kevin Harvick ne seront pas en reste en 2024 puisque ce dernier deviendra analyste à temps plein à la télévision.

Le départ à la retraite du pilote de la voiture 4 marque une page importante de l’histoire du NASCAR. Il est, selon moi et plusieurs experts, le dernier des pilotes d’une grande génération qui aura marqué la discipline. La relève qui pousse pourra-t-elle être du calibre de cette classe pour qui piloter un stock-car était avant tout une passion et non un travail ?

Que les dieux bénissent les rois de la course et merci Kevin pour ces 30 secondes en ta compagnie que je me rappellerai pour toujours !

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