Guyaume Larocque: une pause salutaire

Crédit photo : Pierre Chamberland

Les courses automobiles sont remplies de rebondissements et personne ne peut réellement prédire comment la soirée va se terminer. Par le fait même, le nombre de voitures qui vont croiser le fil d’arrivée à la fin de la soirée n’est pas quantifiable. C’est un côté imprévisible qui semble plaire aux spectateurs parce qu’ils continuent de faire de leur samedi soir, une sortie familiale. Il me paraît évident que l’on remarque beaucoup plus facilement un pilote qui gagne la majorité de ses courses et qui connaît une saison du tonnerre qu’un pilote où la malchance ne cesse de s’acharner sur lui. En fait, on finit par le remarquer après que la première moitié de la saison est complétée mais, malheureusement, le mal est déjà fait. Je ne peux pas me rappeler des dates pour me situer dans le temps, mais Guyaume Larocque a disparu des radars pendant un bon bout de temps. Il a été absent des différents circuits de course donc je me devais de prendre de ses nouvelles pour être certain que tout allait bien. Avait-il besoin d’un arrêt pour prendre soin de sa santé ? Le désir de conduire son bolide, à chaque fin de semaine, était-il en train de disparaître ? Chose certaine, la pause lui a été des plus salutaire pour reprendre son volant de course le samedi soir. Comme on dit toujours, il plus facile de sortir le gars des courses que de sortir les courses du gars! L’attente a dû paraître interminable pour le jeune pilote de Drummondville. Bien content de pouvoir le retrouver sur la piste avec de toutes nouvelles couleurs.

         Comme je disais, personne ne peut prédire le déroulement d’une soirée de courses. Alors, imaginez le court d’une saison. Une fois que les obstacles se placent devant toi, il semble impossible de les déplacer et ainsi ramener la chance de ton côté:

«Dans le fond, en 2024, j’avais eu une entente avec Boissenault Racing. À la dernière seconde, dans tout ça, ça avait comme tombé à l’eau. Facque, en 2024, je n’ai pas eu le temps de me revirer de bord. J’ai eu une occasion d’avoir un autre véhicule, mais j’ai sauté mon tour. C’était trop dernière seconde pis ce n’était pas parfait. En 2024, j’ai pris ça sabbatique. Je suis allé aux courses quand même, en spectateur, et membre d’équipe avec François Bellemarre, mais ça été assez tranquille.

Quand on est habité par une passion, même si le goût de se retrouver derrière le volant n’y est pas, ça ne prend vraiment pas grand-chose pour raviver la flamme. On voit tellement pu les voyages, les heures interminables dans le garage à réparer le char de course de la même manière que l’envie est très loin dans nos pensées. Cela dit, juste de retrouver sa meilleure amie a été amplement suffisant pour revoir Guyaume dans les paddocks:

«En 2025, ça s’enlignait pour être la même affaire. Moi, dans ma tête, mon deuil était fait, les courses étaient finies. Mais, j’ai vu l’auto de Daphnée Hébert, ma meilleure amie en sportsman. Ça m’a fait de quoi. Je voulais ravoir un char aussi. Ça m’a redonné le goût de retourner aux courses».

Son équipe a ramené une voiture qui avait grandement besoin d’ajustements pour rembarquer sur la piste. En fait, il y avait une entente avec son ancien propriétaire d’équipe, George Samson, qui a roulé essentiellement à Rimouski.

         Le fait d’avoir réanimé une voiture qui lui était destinée à la base impliquait forcément qu’il s’éloigne des pistes maîtresses comme l’Autodrome Drummond et le RPM Speedway pour, non pas reprendre confiance, mais de réaliser à quel point les courses lui avaient manqué:

«George Samson, mon propriétaire d’équipe de course, a l’Autodrome à Rimouski. Naturellement d’avoir un char de plus, ça lui donne un avantage. Ça fait amener du monde. Je pense que c’était bénéfique pour tout le monde. Pis moi, de mon côté, ça m’a redonné la piqûre. J’ai vu à quel point ça m’avait manqué d’aller aux courses pis de courser surtout».

Étant donné que Rimouski est très loin de la maison, ça implique d’énormes dépenses mais combiné au fait qu’il y a eu une entente de commandite avec un concessionnaire automobile de Drummondville, le voilà à nouveau comme pilote régulier à l’Autodrome Drummond.

         Lors de la soirée du Summer Festival au RPM Speedway le 4 juillet dernier, Guyaume a prêté sa voiture au pilote Samuel Lajoie. Ce dernier avait été impliqué dans un carambolage la veille à Granby, ce qui avait laissé beaucoup de dommages à sa voiture. Le lien d’amitié qui s’est développé entre les deux hommes au fil du temps a très certainement aidé les deux clans. Comme Samuel connait une saison remarquable et est dans une excellente position dans les points du championnat au RPM, il a, du même coup, placé littéralement la voiture de Guyaume sur les rails.

«En fait, il ne m’a rien demandé, c’est moi qui l’ai approché. Sam, depuis le début de l’année, me donne un certain coup de pouce. J’achète toutes mes pièces de lui. Je fais beaucoup affaire avec lui. Il me donne de petits conseils par ici par là. On est rendus assez chum. Quand j’ai vu le carambolage à Granby, j’ai remarqué que c’était lui le plus amoché et plus démoli. Je l’ai appelé. J’ai pris de ses nouvelles pour savoir s’il était correct. Finalement, le plan demain à Saint-Marcel? Toi, t’es dans les points, c’est quoi qui en est. Il ne savait pas trop. C’est soit qu’il prenait son autre char avec un 358 dedans, mais que c’était ben de l’ouvrage et n’était pas parfait. Y’avait peut-être quelqu’un d’autre qui lui avait offert un char, mais ce char-là était loin d’être parfait. Écoute, si tu veux, prends le mien. On s’arrangera un p’tit deal».

Ça fait quelques reprises que je vois passer ce genre d’histoire-là sur les réseaux sociaux, qui montre l’entraide entre les pilotes et les différentes équipes. C’est très admirable que Guyaume met son propre temps de côté pour en faire profiter un autre. Il aurait pu mettre de précieux points au championnat dans sa poche, mais il en a décidé autrement.

         Cette camaraderie entre les deux hommes est parfaite pour que je puisse écrire une belle histoire. Autant que Samuel a tout raflé ce soir-là, autant que Guyaume en est sorti gagnant avec de précieuses informations pour le futur:

«Moi, mon avantage de ça, c’est que depuis le début de l’année, c’est ma pire année à date. C’est dégueulasse! Je ne suis pas capable de placer le char pentoute, pentoute. Le deal est que tu vas placer mon char un peu, tu vas le faire marcher. Finalement, soirée parfaite: meilleur temps en pratique, y’a gagné en qualif et y’a gagné en finale. Mon char était parfait ce soir-là. J’ai appris beaucoup aussi ce soir-là. J’ai assisté toute la soirée. J’étais à côté. Je n’ai pas touché au char. Je faisais juste analyser ce qu’il faisait. J’ai pris beaucoup de conseils dans tout ça. Le plus dans tout ça, il me l’a ramené sans (grafignes)».

Seul l’avenir va nous dire s’il va y avoir d’autres collaborations. Chose certaine, c’est maintenant à Guyaume de mettre tous ces précieux conseils en pratique et continuer d’avancer.

         Une pause ou un arrêt peut certainement indiquer qu’il est peut-être le temps d’aller se reposer et refaire le plein d’énergie. Il est souhaitable parfois de mettre les choses en perspective et de prendre un pas de recul. Non seulement, elle a été salutaire, mais elle lui a permis de refaire le plein d’énergie et de revenir sur la piste pour les bonnes raisons:

«Ce n’est pas qu’elle était la bienvenue. C’est plus un break obligatoire que j’ai eu parce que ce sont les circonstances qui ont fait en sorte que j’ai manqué de temps pour me r’virer. J’ai eu pendant cet été-là le temps de faire mon deuil. J’ai eu le temps de tourner la page pis de regarder les valeurs que je voulais pour le futur. Qu’est-ce que je voulais faire ? Je veux vraiment passer ma vie dans ça? Je me suis remis en question. Finalement, quand j’ai revu Daphnée avec son auto, hey tabarouette! M’en suis racheté un. On a retrouvé une entente avec George».

Selon ses dires, malgré le peu de tours durant la dernière année, il en a profité pour faire beaucoup d’analyse et ainsi voir ses faiblesses et ses qualités. Un chemin parsemé d’embûches, mais le revoilà sur les pistes de course avec un désir renouvelé.

         Il est normal de faire une longue pause et de se poser de nouvelles questions sur son cheminement afin de pouvoir aller plus loin ou carrément remettre en question notre passion. Pour le principal intéressé, ça été des moments assez difficiles, mais l’occasion était parfaite pour remettre le compteur à zéro et repartir à neuf:

«Oh oui! J’ai eu un gros clash de maturité à ce moment-là. Il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie. Avec ma blonde, ça s’est terminé sur le moment. L’équipe de course, ça l’avait fait chier. La job que j’avais dans l’temps, j’avais lâcher ça. J’ai reparti ma vie à zéro. Je suis tombé dans l’automobile. Après ça, je suis tombé directeur. J’ai un nouveau véhicule personnel. Je me suis fait une nouvelle blonde. Ma vie a changé tout d’un coup».

Quand tu vois que tout change autour de toi, c’est peut-être le temps de faire un travail d’introspection sur soi et d’y apporter les correctifs nécessaires pour améliorer la situation. Il s’est rendu compte qu’il devait changer quelque chose dans sa routine et dans sa manière d’approcher les courses:

«Je me suis replacé différemment. Avant, j’étais un peu cocky. J’étais un peu au-dessus de tout le monde dans ma tête pis j’étais jeune et con. Je me suis replacé un peu. Je suis rendu plus humble, plus terre à terre, plus sociable. J’avais beaucoup d’idées négatives sur plusieurs personnes. J’ai juste arrêté ça. Je pars à zéro avec tout le monde. J’aime tout le monde jusqu’à temps que je ne t’aime plus pour une bonne raison. Ça m’a brassé pis j’ai grandi avec ça».

Ça prend du courage et un certain effort pour se regarder dans le miroir et se dire: c’est quoi mon problème ? Visiblement, le travail sur soi a fonctionné parce que sa passion pour les courses automobiles est revenue et tout semble s’est être replacé pour lui à tous les niveaux.

            Quand on apporte autant de changements dans notre vie personnelle et professionnelle, notre entourage est appelé à changer. On ne s’en rend pas compte sur le moment, mais plus le temps passe, plus ça devient une évidence. Pour Guyaume, il ne s’y attendait pas, mais les fidèles sont restés et l’aventure de la course automobile a pu continuer ou reprendre où il l’avait laissée:

«Pas du tout, mais tout est pour le mieux. J’ai vu qui étaient mes vrais proches et maintenant je peux vraiment compter sur les personnes de mon entourage, les vrais sont restés et les nouveaux sont idéals. Ça m’a apporté plusieurs nouveaux contacts».

Certaines personnes semblent être allergiques au succès des autres. On dirait qu’elles n’acceptent pas le nouveau dans leur entourage et finissent par le déserter. On essaie parfois, voire même tout le temps, de faire plaisir à tout le monde que l’on finit par s’oublier. Et quand on s’oublie, on n’agit pas forcément comme on voudrait et de la bonne façon.

         Il arrive à un moment donné que les priorités changent. Pour ma part, la course à pied est arrivée dans ma vie suite au décès de mon père. D’une certaine façon, j’ai dû me remettre en question et mettre la vie sur pause un instant pour savoir ce que je voulais réellement pour la suite des choses. C’est un peu le même constat que j’en ai fait suite à ma conversation avec Guyaume. L’auto ne semble pas être à la hauteur de ce que l’équipe serait capable de l’amener, mais le nouveau autour de lui semble lui avoir amené de nouveaux objectifs pour la suite des choses:

«Garder la gang avec moi le plus longtemps possible! Ce n’est jamais bénéfique dans aucun domaine le roulement de staff. Tout le monde dans l’équipe, c’est soit mes meilleurs chums ou la famille. On fait un super de beau groupe et ils me poussent à me dépasser. Débarquer du char et les voir heureux de la run qu’on a eue, ça vaut l’or».

Les souvenirs qu’il tente de créer à travers son parcours en course automobile vaut deux fois plus qu’une victoire ou une belle performance. Comprenez-moi bien! Je ne veux pas dire que de gagner n’apporte pas son lot de joie et d’optimisme dans une équipe de course, mais disons que de courser pour son père qui a une place importante dans ta vie, ton meilleur chum qui vit des moments difficiles vient ajouter une couche de plus et de simplement voir l’étincelle dans leurs yeux après la course, vaut largement son pesant d’or.

Voilà! Un autre texte, une autre histoire de racontée. Je ne suis pas dans ses bottines, mais je présume que la pente a dû être abrupte à remonter avec les nombreux changements au cours de la dernière année. Je pense très sérieusement que l’on n’accorde pas assez souvent d’importance à l’idée de seulement vivre le moment présent. Je crois sincèrement qu’il en a pris conscience et le revoilà sur les pistes de course. Il faudra certainement du temps et beaucoup de patience pour la suite, mais s’il va sur la piste pour le simple plaisir de courser et s’enlever ainsi une tonne de pression sur les épaules, je suis convaincu que l’étincelle reviendra et restera encore bien longtemps.

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