Je ne crois pas que notre parcours de vie est tracé d’avance. Je veux dire qu’il est à nous d’écrire nos propres lignes, notre propre histoire. On se débrouille pour trouver nos intérêts afin de les développer au fil du temps. J’ai baigné dans les courses toute ma vie sans pour autant avoir eu l’occasion de conduire la voiture de course de mon père et les vivre de très près. Cela dit, plusieurs années plus tard, j’ai découvert la photographie sportive. Je peux les vivre d’une autre façon et je suis près de l’action plus que je l’aurais imaginé. On m’a proposé l’écriture de chroniques pour raconter vos histoires. J’ai accepté évidemment! Pourtant, le français était loin d’être ma matière forte à l’école. Quand on croit fermement à quelque chose, il suffit simplement d’y croire et on ne sait pas où cela va nous mener. Sarahann y a cru et la voilà où elle est présentement et c’est tout à son mérite.
Le déclic ne s’est pas fait immédiatement pour Sarahann, et pourtant, elle est dans les courses depuis plusieurs années. Comme son père Éric est dans le bain depuis bien longtemps, elle a été transportée aux courses à chaque week-end. Il aura fallu un temps d’arrêt des courses pour lui faire voir un autre côté des courses et lui faire réaliser qu’elle aimerait finalement peut-être ça:
«Je baigne dans les courses depuis mon tout jeune âge. Après une longue pause, mon père a fait un retour aux courses en 2022 et c’est à ce moment que j’ai vraiment vu le vrai côté des courses et que je me suis dit que j’allais aimer ça courser. Mon père m’a demandé si je voulais courser et c’est avec un grand plaisir que j’ai dit oui lorsque que j’avais 14 ans. J’ai débuté en Slingshot Junior. Puis, j’ai été championne et recrue à plusieurs moments en junior. J’ai également été recrue en plus d’être championne durant mon passage en Slingshot Senior. Après la saison dernière à avoir chevauché deux classes (Slingshot Senior et Sportsman), je fais le saut complet en Sportsman, en abandonnant la classe Slingshot pour cette année».

Avec le paternel qui en connaît un rayon sur la course automobile, en plus de sa sœur qui va courser dans la même catégorie qu’elle, je n’ai aucun doute pour Sarahann qu’elle va tirer son épingle du jeu et apporter une saine compétition au sein de l’équipe.
Comme pour sa sœur Léa-Jeanne, elle a chapeauté deux catégories la saison dernière. Je trouve que c’est une grosse paire de souliers à chausser à un si jeune âge, mais le défi n’a pas semblé l’affecter pour autant. Non seulement il a été de taille, mais le fait de ne pas avoir de temps d’arrêt et de toujours devoir courir entre les courses pour changer de voiture, cela a été son plus gros défi:
«Je te dirais que lorsqu’il y avait les deux catégories durant le même programme, ça faisait en sorte que je n’avais jamais de pause et que je devais toujours courir d’une voiture à l’autre». Certainement que cela doit prendre une bonne dose d’énergie pendant une soirée complète pour passer à travers, mais la motivation semble toujours présente et le désir d’être sur une piste de course semble l’être aussi: «Un autre défi a aussi été de s’occuper des voitures, de faire les changements de traileur et de les laver parce que le jeudi on coursait à Airborne en Sportsman. Ensuite le vendredi, on coursait parfois dans les deux classes et le samedi, nous coursions en Slingshot. Le tout faisait que nous n’avions jamais de pause autant aux courses que la semaine. Ma semaine la plus chargée de 2025 a été avec 5 courses en une semaine. Bref, malgré le fait que ça été un défi, j’ai beaucoup apprécié ma saison».
Je n’ose même pas imaginer, à la fin de l’été, dans quel état physique et mental elle doit être. Je comprends que l’adrénaline fait sa partie du boulot, mais une fois qu’elle tombe…bonsoir elle est partie! Non, mais pensez-y deux secondes! Cinq courses dans une seule semaine. Je ne sais pas comment elle fait! Comme plusieurs d’entre vous, pour ne pas dire tous, vous ne vous éloignez pas des courses tellement il y a à faire une fois rendus à la maison.

Il risque d’y avoir un peu plus d’action dans les prochaines semaines pour Sarahann étant donné qu’elle change de catégorie. Non pas qu’il n’y en a pas chez les Slingshots, mais disons que le peloton est un peu plus imposant chez les Sportsmans. Juste par la grosseur de la voiture, ça doit demander une certaine période d’adaptation. Ça peut paraître évident à première vue, mais la puissance de l’auto a demandé plusieurs semaines à Sarahann avant d’être véritablement confortable derrière son volant:
«Le changement de vitesse, parce que pour vrai, de passer de Slingshot à Sportsman, c’est une énorme différence de puissance. Au début, tu te demandes si ton pied est vraiment au fond. Parfois, je me demandais même si la voiture n’avait pas quelque chose, mais en réalité, c’était juste moi qui devais m’adapter à la différence de puissance. Vers la fin de la saison, j’y suis arrivée plus facilement mais, au début, ça vraiment été un bon moment d’adaptation».
Tout comme sa sœur, elle a profité du fait qu’il y avait la catégorie Sportsman Futur pour parfaire son pilotage et ainsi rendre la transition plus facile. Elle faisait le tour des pistes où la catégorie était présente comme Granby, Airborne et Cornwall. Elle s’est déplacée également du côté du Mohawk International Raceway quand l’occasion s’y présentait.
Je me questionnais au début à savoir l’importance ou l’utilité d’avoir une classe comme celle-là. J’ai réalisé, non seulement son importance, mais aussi la confiance qui augmente chez les pilotes qui décident d’emprunter cette voie-là:
«Pour vrai, oui ça m’a beaucoup aidée puisque comme on peut le voir, ici au Québec, on est beaucoup de Sportsmans. Parfois, ça peut aller jusqu’à 35 et plus. Et de voir qu’il y a une classe pour ceux qui commencent comme ça tranquillement et qui ne veulent pas nécessairement être dans les jambes, mais veulent bien apprendre, je trouve que cette catégorie est parfaite. Je pense même qu’au Québec, il devrait avoir plus de courses comme celle-là».
Je vous mets au défi d’avoir une confiance inébranlable et une concentration impénétrable pendant votre première finale chez les Sportsmans réguliers et qu’une trentaine de voitures sont autour de vous. Et comme elle le dit si bien, le fait de ne pas être un facteur déterminant dans l’issue d’une course peut nettement aider à l’apprentissage et la confiance.
Une soirée de courses peut changer en un claquement de doigts. Un dépassement mal calculé ou encore une belle manœuvre peut rendre votre soirée inoubliable ou totalement désastreuse. Pourquoi être attirée vers un sport dangereux?:
«Je dirais le fait que ce soit un sport avec beaucoup d’adrénaline. Malgré le fait que ce soit un sport dangereux, ça ne m’arrête pas vraiment».
Je le vis présentement avec la pratique de la course à pied et je crois sincèrement que l’adrénaline te permet d’être dans le moment présent et de le vivre. La belle complicité qu’elle a avec sa sœur est un gros plus pour expliquer ce désir de vaincre et qu’il l’anime à chaque soir:
«Je sais pas trop. J’ai toujours aimé ça gagner. Si je gagne une course, je vais être très contente. Je dirais quasiment que je vais être autant contente pour ma sœur si exemple c’est elle qui gagne, mais juste la sensation de gagner et de rendre les gens autour de moi fiers, c’est ça pour moi qui me rend fière».

Même si la course ne se déroule pas comme prévu, elle est dans de bonnes dispositions avant le départ. Le reste se passe quand le vert est donné et que la meilleure gagne.
C’est plus facile à dire qu’à faire, mais être en contrôle de soi-même nous permet d’entrer sur la piste l’esprit libéré. Dans le cas contraire, les mauvaises décisions peuvent s’enchaîner et virer la soirée en catastrophe. Cela dit, la pilote arrive au moment fatidique où elle se retrouve seule avec elle-même, les yeux fermés, dans son «cockpit». Pour Sarahann, c’est l’occasion parfaite pour faire le vide et aller gagner des courses:
«La plupart du temps, je me demande comment ça va se passer parce que des fois on a des feelings et je me demande comment ma course va se passer. Mais la plupart du temps, c’est parce que je me concentre et j’essaye de penser à rien. La seule chose à laquelle je pense, ce sont les courses et c’est à ce moment que je me dis que j’aime vraiment les courses et que je suis chanceuse de pouvoir en faire».
J’ai très hâte de la voir sur la piste et donner le meilleur d’elle-même. D’ailleurs, elle n’a pas tardé à montrer toute l’étendue de son talent puisqu’elle a signé une première victoire le 21 mai dernier chez les Limited Sportsman au Airborne Park Speedway. Le peu de circulation qu’il peut y avoir sur la piste pendant une finale de 25 tours est l’occasion parfaite pour aiguiser ses réflexes et montrer de quel bois elle se chauffe. Félicitations pour ta victoire et je ne peux que t’en souhaiter beaucoup d’autres.
D’aussi loin que je peux me souvenir, les filles n’ont jamais vraiment été dans le portrait des courses automobiles. À l’époque de mon père, c’était beaucoup plus un divertissement familial où les gens se regroupaient pour passer un beau dimanche après-midi. Cela dit, avec le temps, le plaisir s’est transformé en passion et le désir de performer a fait des pas de géant. Les filles, les femmes sont devenues de plus en plus présentes et leur présence n’est plus discutable. Pourquoi certains et certaines s’entêtent à ne pas respecter la présence des filles sur la piste ? Chose certaine, Sarahann ne s’en fait pas outre mesure et se concentre sur ce qu’elle peut contrôler:
«Non, pour vrai, je n’ai reçu aucun commentaire comme ça et j’aime le fait que les gens ne jugent pas les filles qui coursent. C’est sûr que certaines personnes vont penser dans leur tête que les courses, ce n’est pas fait pour les filles, mais au moins ils ne le disent pas».
Je crois que c’est la bonne attitude à avoir sans pour autant les balayer du revers de la main.
Sarahann course dans la même catégorie que sa sœur Léa-Jeanne. Depuis plusieurs années, je les vois s’affronter et comme toutes les autres filles, elles ont leur place sur la piste. Aucunement discutable! Il y a certainement une compétition à l’interne, mais le lien de complicité entre les deux sœurs est plus fort que tout:
«Moi, j’aime vraiment ça! Je trouve qu’entre nous, ce n’est pas vraiment de la compétition puisque si une termine en avant de l’autre ou même gagne, celle qui a fini 5e, va être très contente pour elle. Je trouve ça le fun d’avoir une relation comme celle-la avec ma sœur et que ça ne soit pas toujours de la jalousie parce qu’une a gagné et pas l’autre».
Je pense que c’est la meilleure attitude à apprendre entre les deux sœurs. Elles se motivent l’une l’autreet les performances se reflètent sur la piste. Aucune animosité visible et les spectateurs profitent du spectacle.
Je l’ai mentionné, mais un de ses objectifs est déjà atteint avec une victoire en banque. La saison 2026 est plus que bien partie et ça promet pour la suite. Mis à part la première marche du podium dans sa ligne de mire, l’inconnu semble être dans ses priorités, histoire d’aiguiser ses réflexes:
«Mes objectifs sont de faire plusieurs courses, mais principalement aux États-Unis. J’aimerais faire des courses qui ne sont pas encore à notre programme et qui sont à de nouvelles pistes qu’on n’a jamais visitées. J’ai aussi comme objectif d’avoir quelques victoires. Et ce que tu pourrais me souhaiter, c’est de la chance, une bonne saison et de bonnes performances».
Les courses automobiles sont en quelques sortes une partie d’échecs. On ne sait jamais l’allure que la soirée va prendre. Je n’irai pas jusque-là, mais il faut avoir une bonne étoile au-dessus de notre tête pour connaître une soirée parfaite. Alors, je t’en souhaite beaucoup de ces soirées-là et gare à ceux qui vont oser se mettre dans ton chemin.
Voilà, une autre belle histoire de racontée! Je trouve toujours ça très impressionnant de voir les gens exercer leur passion à un si jeune âge. Elles font abstraction du danger qui les menace et elles ajoutent des tours de piste au compteur à chaque week-end de courses. Elles frôlent le muret de ciment à des vitesses folles et rien ne semble les arrêter. Visiblement, c’est une recette gagnante pour progresser et se retrouver le plus vite possible aux avant-plans.
Bravo pour ta première victoire et bonne chance pour la suite.







