W Series: un recul ou un progrès?

Crédit photo : W Series (wseries.com)

Pour la saison 2019, pour la première fois, on a mis sur pied en Europe une série de sport motorisé exclusivement réservée aux femmes. La W Series a été jumelée à la populaire série DTM, afin de partager les mêmes circuits, la même organisation et les mêmes weekends de course. Ce jumelage assure un environnement de qualité pour la première saison de la W Series.

Depuis son annonce, la série suscite beaucoup de commentaires, autant positifs que négatifs. Certains voient cette création comme un nouveau tremplin pour permettre aux femmes de briller en sport automobile. D’autres voient plutôt la série comme un recul pour la situation des femmes, un retour à une autre époque. Et vous, quel est votre point de vue? Voyons ensemble quelques éléments de réflexion.

Des voitures identiques

Tout d’abord, les voitures de la W Series sont toutes identiques et appartiennent aux organisateurs. Basées sur les Formule 3 qu’on retrouve depuis longtemps en Europe, elles utilisent des technologies éprouvées et permettent des courses intéressantes, où le pilotage est une part importante du succès. Avec un moteur turbocompressé de 4 cylindres (1,8 litres) développant 270 chevaux avec une boîte à 6 vitesses, ce ne sont pas des bombes de vitesse mais si la série a du succès, les organisateurs sont prêts à adopter des voitures s’approchant de la Formule 2, beaucoup plus puissante. Pour le moment, la série a embauché des mécaniciens et des ingénieurs pour s’occuper de chaque voiture et il ne devrait donc pas y avoir de grosses différences dans la préparation de celles-ci.

Un championnat subventionné

Les courses sont au nombre de six en cette première saison, toutes en Europe, et durent 30 minutes chacune. La série prévoit faire des visites en Asie et en Amérique du Nord à partir de 2020, si tout se déroule comme prévu. À peu près toutes les dépenses liées aux voitures, aux voyages, et à la préparation des courses sont payées par les organisateurs, qui travaillent avec un budget d’environ 25 millions de dollars pour la première saison. En fin de saison, des prix en argent d’une valeur de 1,5 million de dollars seront versés aux pilotes, avec un demi-million à la gagnante.

Des avantages évidents

Et c’est ici que le premier avantage de cette série peut être noté. Puisque les pilotes n’avaient pas à apporter avec elles l’argent de généreux commanditaires, les 18 places disponibles ont été octroyées au mérite. En effet, toutes les pilotes intéressées ont pu passer les tests d’admission (en simulateur et sur la piste) et elles avaient toutes les mêmes chances d’obtenir leur place. Puisque la visibilité en sport automobile est trop souvent dictée par la grosseur du sac d’argent qui accompagne les pilotes, cette approche d’une championnat «payé» est rafraîchissante.

Une excellente pilote sans argent ne pourra jamais percer dans le milieu, et c’était le cas pour Alice Powell, qui ne coursait plus dans une série compétitive depuis 4 ans par manque d’argent. La W Series lui a permis de courser de nouveau à un niveau respectable et son nom va se remettre à circuler dans le milieu, surtout si elle continue de bien figurer au classement. Jamie Chadwick, une autre Britannique ayant été aux avant-postes de la W Series pendant les deux premières courses, vient tout juste d’être embauchée par Williams comme pilote d’essai. Oui, c’est Williams; oui, c’est un poste de pilote d’essai. Mais elle sera tout de même dans le paddock en F1 et rencontrera des gens qui pourraient lui faire de la place éventuellement.

Évidemment, la présence d’une série entièrement féminine pourrait aussi avoir un impact à moyen et long terme, alors que beaucoup de jeunes filles pourraient être attirées par des métiers liés au sport automobile, autant au niveau du pilotage que de l’ingénierie, en passant par le niveau technique. Traditionnellement, ces postes sont occupés par des hommes et la présence des femmes est encore trop rare.

Pour que cet effet d’entraînement puisse se faire sentir, il va falloir que la série soit vue et entendue, il va falloir que le spectacle sur la piste soit au rendez-vous et il va falloir que les commanditaires veulent bien jouer un rôle dans les prochaines saisons, les organisateurs ne pouvant pas entièrement financer le projet eux-mêmes pendant plus que quelques années. Jusqu’à maintenant, les deux premières courses ont offert un spectacle intéressant et déjà, de belles batailles se dessinent au classement. Nul ne peut prédire la suite pour le moment.

La meilleure solution pour les pilotes?

De l’autre côté de la médaille, on retrouve ceux et celles qui pensent que l’argent investi dans la création de cette série aurait plutôt dû être utilisé pour soutenir les carrières des pilotes féminines qui cherchent actuellement des commanditaires pour continuer leur progression vers des séries plus intéressantes. Pippa Mann est une de celles-ci, comme l’est Natalie Fenaroli, actuellement inspecteur technique pour la série Indy Lights. Pour elles, la ségrégation n’est pas la solution; il aurait plutôt fallu viser l’intégration par le soutien financier.

Un certain nombre de femmes pilotes considèreraient une participation à la W Series comme un recul de leur carrière alors qu’elles tentent déjà de se faire une place dans des séries plus rapides et mieux connues. Cependant, plusieurs d’entre elles ont beaucoup de difficultés à trouver le financement nécessaire à leur progression. Elles sont donc déchirées par l’existence de cette nouvelle opportunité.

Au final, la W Series sera un succès seulement si elle réussit à attirer des spectateurs et des commanditaires. Le jumelage avec la série DTM pour la première saison sera-t-il un élément suffisant pour assurer sa survie après les premières saisons? Il sera intéressant de suivre l’évolution de la série dans les prochains mois… et aussi la progression de la pilote canadienne Megan Gilkes, qui n’a pas impressionné jusqu’à maintenant dans la série.

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Christian Gingras
Chroniqueur / Photographe
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